MARONITES DU LIBAN, UNE COMMUNAUTE CHRETIENNE QUI COMPTE AU PROCHE ORIENT - Les Maronites tirent une grande richesse de leur position bien particulière au sein de leur pays d'origine, le Liban : un lien avec Rome depuis ses origines, une expérience de relation avec l'Islam et une habitude de peser sur les décisions de la société civile.
Maronites du Liban, une communauté chrétienne qui compte au Proche Orient
Combien sont-ils ? Difficile à dire, la dernière statistique officielle date de 1932, l'époque du protectorat français. Ils compteraient, selon les sources entre 800 000 et 1,1 millions de fidèles soit 25 à 30% de la population. Loin derrière les musulmans, plus de 60 à 70%. Mais s'ils sont moins nombreux que les musulmans, ou même que leurs frères chrétiens d'Egypte (entre 6 et 8 millions), les chrétiens libanais, concentrés surtout entre le nord de Beyrouth et le sud de Tripoli incarnent une véritable force avec laquelle il faut compter. Une exception dans ce Proche-Orient et dans le monde arabe où les chrétiens ne sont que tolérés, citoyens de seconde zone (dhimmis), noyés dans les majorités musulmanes.
L'Eglise maronite pratique sa liturgie en langue syriaque, une langue sémitique dérivée de l'araméen mais dans l'usage, l'arabe est de plus en plus utilisé. La particularité de cette Eglise est que, contrairement à bien d'autres Eglises orientales, elle n'a jamais été séparée de Rome. Elle n'en est pas moins une Eglise fortement incarnée dans sa culture orientale, en particulier dans ses relations avec l'islam. A titre d'exemple, on lira ci-dessous avec intérêt et peut être surprise ce commentaire de l'évangile de Luc, extrait de l'homélie d'intronisation du nouveau patriarche maronite « d'Antioche et de tout l'Orient », célébrée le 25 mars 2011, jour de la Fête de l'Annonciation.
Une vie de communion avec les religions de son pays
« L'événement de l'Annonciation rapporté par Luc l'Evangéliste, le Vénérable Coran l'a raconté après lui dans la Sourate des Gens de Omrane (44 - 48) : « les anges dirent : O Maryam, Dieu t'annonce un verbe de sa part nommé le Christ, Issa fils de Maryam, un notable ici-bas comme dans l'eschaton ... Il parlera aux hommes, dès le berceau, et avancé en âge... Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Torah et l'Evangile, et il sera un apôtre auprès des fils d'Israël ». Le Coran accomplit le récit dans la Sourate de Maryam (15 - 36), en mettant dans la bouche du nouveau-né de Maryam : « Je suis le serviteur de Dieu, son prophète, sa merveille et sa miséricorde » (20 et 29) ; et reliant son incarnation à sa mort et à sa résurrection, il dit : « Que la paix me soit accordée le jour de ma naissance, le jour de ma mort et le jour où je serai ressuscité vivant » (32).
« Cet événement de l'Annonciation, commun au christianisme et à l'Islam et dont l'Eglise célèbre la fête le 25 mars, l'Etat libanais en a fait une fête nationale par le décret n° 2369 en la date du 27 février 2010 : il signifiait par cette initiative que le Liban est la patrie de la communion et de l'amour. En effet, le Liban l'est par son pacte national, qui scelle la convivialité, laquelle est protégée par la Constitution où l'on lit : « Aucune légitimité n'est reconnue à toute autorité qui contredise la convivialité » (Préface).
Origine - Elle doit son nom à saint Maroun, un ascète de la vallée de l'Oronte mort au début du Ve siècle (vers 410).
Historique - Au Ve siècle, les Maronites sont fidèles à la foi de Chalcédoine. Au VIe siècle, ils refusent la "byzantinisation" de leur rite et l'hérésie monophysite ; au VIIe siècle, avec l'invasion musulmane, ils se réfugient dans la montagne libanaise qu'ils mettent en valeur.
Leur exode durera du VIIe au Xe siècle. C'est à l'arrivée des Croisés en 1099 qu'ils intensifient leurs relations avec l'Occident et avec Rome. Les relations avec Rome, empêchées sous la domination des Mameluks (1291-1516), reprennent au milieu du XVe siècle et s'intensifient sous le régime ottoman avec le soutien des rois de France.
En 1736, le premier synode régional maronite jette les bases de la réorganisation de l'Église maronite.
Les Maronites, âme du Liban, et les autres communautés chrétiennes ou musulmanes réclament en 1920, par la voix du patriarche maronite, la proclamation de l'Etat du Grand Liban.
L'Église maronite, dont le siège est à Bkerké (Liban) compte environ 800 000 fidèles au Liban et une diaspora beaucoup plus nombreuse : environ 4 millions dans le monde dont 80 000 en France.
En mars 2011 son nouveau Patriarche a été élu : Mgr Béchara Raï
Ce désir de convivialité, de communion et d'amour, trouve ses racines pour les maronites à Antioche, « la ville de Dieu », qui a accueilli la Bonne Nouvelle très tôt, avec Pierre, le chef des apôtres, Paul et Barnabé, et bien d'autres. Antioche a toujours été un modèle vivant de réconciliation entre Juifs et « païens » (Livre des Actes des Apôtres chapitre 15,22-35; Lettre de saint Paul aux Galates, chapitre 2, 11-21). Les 4 millions de maronites dispersés dans le monde (dont 80 000 en France) témoignent ainsi d'une Eglise à la fois ancrée dans son histoire et ouverte sur la société du temps présent.
Ses racines spirituelles sont profondes. L'Eglise maronite ne porte pas le nom d'une cité ou d'un apôtre, mais a pris ses racines dans le rayonnement d'un homme et d'un monastère : saint Maron. C'est aux IVe et Ve siècle que les habitants du Mont Liban et de la Syrie se sont convertis au christianisme suite aux missions des disciples de cet ermite, moine et ascète, mais aussi de saint Jean Chrysostome, et de Syméon le Stylite. C'est pourquoi l'Eglise maronite est « une Eglise à cachet ascétique et monastique ». Elle plonge ses racines dans cette radicalité évangélique (voir Lettre pour le XVIème centenaire de saint Maron ) Un « combat spirituel pour la libération de l'homme, et le Liban-liberté comme symbole de cette libération ».
Nous pouvons nous aussi, avec nos frères et sœurs maronites, passer « de la contemplation de Dieu de l'intérieur du couvent (saint Maron) et du haut d'une colonne (saint Syméon le Stylite) à sa contemplation du sommet de la montagne » ! Le patriarche Sfeir ajoute qu'il s'agit de « concilier la finitude (le monastère saint Maron et la ligne verticale) et l'universalité (le monde et la ligne horizontale) », et cela grâce à la foi catholique et sa présence dans le monde entier.
Equipe AP
« Que Dieu nous vienne en aide, par l'intercession de la Vierge Marie, la Toute Sainte, Notre Dame de l'Annonciation, afin que nous puissions parfaire notre tissu national par la communion et l'amour, et que le Liban fleurisse en cet Orient par son exemple et son message » Prière du patriarche maronite Bechara Rahi.
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AP - Le Pape Benoît XVI a demandé de prier en ce mois de novembre pour les Eglises catholiques orientales.
En Orient nous donnons une grande place à l'œcuménisme, et nous ne parlons pas par exemple «d'Eglises orientales catholiques », qui paraît trop étroite et exclusive (qui exclut l'Eglise orthodoxe). Les premiers à prendre de la distance avec une telle appellation sont les simples chrétiens eux-mêmes, quel que soit le rite (melkite, maronite, chaldéen, arménien...). Ils s'opposent à tout ce qui pourrait diviser ou privilégier une communauté chrétienne par rapport à une autre. Ils vivent un mur et évangélique équilibre entre l'appartenance à un rite déterminé et leur « identité » chrétienne, une « identité » universelle en communion avec tous les chrétiens du monde entier. Bien-sûr, il y a des nuances, mais pour nous il s'agit de prier pour l'Eglise d'Orient sans mentionner « catholique » afin de ne pas blesser la « sensibilité œcuménique » de tous les chrétiens, catholiques et orthodoxes.
AP - Quelle est la richesse de votre tradition ? C'est notre lien historique à l'Eglise des premiers siècles née directement des Apôtres Pierre, Paul et Thomas, et même du Seigneur Jésus-Christ lui-même (Saida et Sydon). Notre terre est riche de nombreux monuments et vestiges liées à la longue présence chrétienne.
Notre spécificité est aussi la coexistence avec l'Islam. On passe par des périodes très dures de violences mais on connaît aussi les joies de la tolérance, du respect et de la collaboration. Le Liban comme l'a dit le pape Jean Paul II pendant sa visite, c'est "plus qu'un pays" mais un "message" pour le monde avec la tâche de créer une nouvelle civilisation de fraternité entre les croyants des diverses religions pour une patrie commune. Le Liban est un tout petit pays mais en réalité il est immense sur le plan culturel, spirituel, mais aussi commercial, dans la relation entre l'Orient et l'Occident.
Cette région du Moyen-Orient est très importante pour la paix mondiale à cause des tensions qui durent depuis des dizaines d'années sans trouver d'issue et qui peuvent à tout moment faire surgir une nouvelle guerre.
L'Apostolat de la Prière jusqu'à maintenant diffusait un bulletin avec les intentions de prière du Pape, qui est assez bien diffusé. Nous constituons maintenant une équipe apostolique pour approfondir davantage la spiritualité de la prière d'offrande (qui ouvre un chemin de consécration personnelle à Dieu), la communion avec l'Eglise, et la dévotion au Cœur de Jésus et à la miséricorde de Dieu. Que le Seigneur nous garde et nous conduise !