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81 ans| Israël | |
ISRAEL
« BONNES NOUVELLES DE JERUSALEM » - Etre français, jeunes, en famille et choisir de s'installer à Jérusalem. Un défi que relèvent Frédéric et Stéphanie Masson. Ils ouvrent, chaque matin, les yeux sur cette ville mythique. Ils racontent et nous ouvrent un chemin vers la paix.
« Bonnes nouvelles de Jérusalem » Le jour se lève sur la ville Sainte de Jérusalem. Comme souvent ces derniers temps, notre enfant s'est reveillé au moment de l'appel à la prière de l'aube.
Notre fils se réveille Il aura bientot un an et il est né ici, en terre Sainte, à Bethléhem très précisement, entre notre Noël Catholique et le Noël Orthodoxe.
- « Sabah el kheir ! ». J'ouvre à peine la porte de notre maison que le vendeur de falafel et de jus de fruit me gratifie de son chaleureux bonjour. - "Sabah el Nour!", matin de lumière! Aux yeux des gens du quartier, nous faisons désormais partie de leur monde -pour certains, du fait de ne pas nous être enfuis au bout d'une année, pour d'autres, parce que nous parlons l'arabe et nous avons un fils "Palestinien" ; mais, peut-être surtout, du fait que nous ne nous sommes en aucun cas imposés ici. En effet, au Moyen-Orient, recevoir l'hôte, c'est recevoir Dieu, tel Abraham accueillant les anges sous le chêne de Mambré et ce précieux héritage spirituel abrahamique dévoile ici toute sa force et son ampleur. Cette région du monde a toujours été une terre de diversité et d'accueil, et elle a su le rester, malgré les difficultés et parfois même les drames qui en découlent.
Au Moyen-Orient, Nous nous sommes donc présentés comme des hôtes tributaires de cette hospitalité. Dans le même temps, nous portons en nous le désir de témoigner d'une Eglise où le Christ n'est pas le symbole de l'exclusivité d'un amour imposé ; mais d'une Eglise reconnaissante du mystère spirituel de chacun s'exprimant à travers celui de sa religion. C'est au coeur même de la culture arabe, au sein de nos relations quotidiennes, que nous allons découvrir la présence du Seigneur.
Le jour se lève, un jour de plus, tissé du déchirement humain, et comme chaque jour, nous voilà submergés par cette réalité difficile où se mêlent tensions et violences, où les injustices se sont lentement immiscées dans les mille détails de la vie quotidienne.
Les barrières métalliques, Je me dirige vers le Saint Sépulcre. En arabe, il porte un tout autre nom : El Qiamé, l'église de la Résurrection. C'est une différence notoire, celle d'un christianisme oriental qui, le Samedi Saint, fait d'un berceau, le symbole du tombeau du Christ ; un christianisme où la croix est très souvent accompagnée de fleurs et de langues de feu ; où crucifixion est inséparable de résurrection. Mais, à peine ai-je fait quelques pas que je me retrouve devant une barrière et un groupe de soldats. Parfois le vendredi, l'accés à la mosquée d'El Aqsa fait mesure de restrictions draconiennes ; alors, une fois de plus, je me remémore ces centaines de personnes en prière devant ce même check-point deux ans auparavant. Cela nous était allé droit au coeur : les barrières métalliques, les soldats, et la foule de croyants prosternés, se levant, s'agenouillant, louant la grandeur du Créateur. Nous n'oublierons jamais cette image car, pour moi, c'est bien le visage du Christ qui s'était ainsi dessiné. Car ici l'air est parfois comme entièrement submergé de prières. L'appel du Muezzine qui 5 fois par jour convie les musulmans à la mosquée entre en résonance avec les volées de cloches s'échappant des diverses églises de la vieille ville. De même, chaque vendredi, les prières silencieuses des femmes allumant les bougies du Shabbat semblent rejoindre celles des pèlerins priant devant les icônes.
Peu de temps après notre arrivée, nous avons eu la chance de rencontrer Benjamin, un jeune Israélien d'origine américaine vivant ici depuis plusieurs années. Etant religieux, il me proposa de me faire découvrir les différentes synagogues de la ville en m'invitant, certains vendredis, à la prière du Shabbat. Quelle émotion cela fut pour moi de me tourner avec l'assemblée vers l'ouest afin d'accueillir la venue du jour où Dieu se reposa ! Quelle richesse aussi que de pouvoir explorer et découvrir de cette manière la diversité des courants religieux et culturel du judaïsme aujourd'hui présents à Jérusalem ! La plupart du temps, notre soirée se termine chez nous où Benjamin prononce alors le Kiddush, la prière de sanctification marquant le début du repas en bénissant la coupe de vin et le morceau de pain brioché spécialement préparé à cette occasion. C'est, pour mon épouse et moi, une plongée au cœur même de nos racines chrétiennes. Je revois d'ailleurs la surprise de notre ami en découvrant les paroles de la prière eucharistique au cours de la messe, dans la petite communauté catholique de langue hébraïque de Jérusalem dirigée par le père jésuite David Neuhaus. Voilà qu'il retrouvait des mots pour lui si familiers mais cette fois dans un contexte religieux autre que le sien. Cela m'a fait immédiatement penser à l'étonnement des chrétiens occidentaux lorsqu'ils entendent le mot « Allah » dans la bouche de chrétiens de langue arabe. Ce mot, qui signifie tout simplement, Dieu, est en effet de nos jours tellement associé à la religion musulmane.
Je ne cite ici que quelques exemples parmi tant d'autres ; mais ces entremêlements de vie sont un peu comme les reflets lumineux du lien de parenté qui existe entre les hommes.
En ouvrant ainsi le regard, vivre ici devient alors une chance de découvrir la présence du Ressuscité, la promesse du Royaume dans un contexte de croyances différentes, face aussi aux impasses de la violence ; l'ouverture sur une autre dimension porteuse de nouveaux gestes et de nouvelles paroles en réponse à nos incompréhensions et en réponse à l'injustice. Vivre ici... se pencher sur nos réactions... Vivre ici, c'est se pencher sur la question de nos propres réactions, de nos propres attitudes face aux soldats souvent irrespectueux, face aux enfants jouant dangereusement avec des pierres et des fusils en plastique, attitudes face à la révolte légitime d'un peuple et la souffrance indélébile d'un autre.
Vivre ici... un défi : ne pas tomber dans le piège Accepter de vivre ici est un défi : celui de ne pas tomber dans le piège du rejet et de la haine, celui de ne jamais perdre de vue l'humanité d'une personne, ni sa dimension spirituelle.
Accepter de vivre ici, c'est s'engager sur le chemin inconnu sur lequel le Christ, aujourd'hui, nous invite à aimer jusqu'au bout de nous mêmes, de nos croyances, de nos actes, de nos idées et peut-être surtout jusqu'au bout de nos différences.
Frédéric Masson Pour aller plus loin :Une perspective juive sur Jérusalem - lire l'article
Jérusalem et religions : "Jérusalem y perd son latin !" SITE - Amitié Judéo-chrétienne - cliquez ici SITE - Groupe d'Amitié Islamo-Chrétienne - cliquez ici
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