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L e Pape nous confie une mission : prier pour les défis propres à notre humanité dans lesquels l'Eglise est engagée. La communauté chrétienne, à travers le monde, est au service d'un monde nouveau, un monde qui est en train de naître dans les douleurs de l'enfantement, sous l'action de l'Esprit du Seigneur « qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification ». Le Saint-Père considère cette prière comme un vrai soutien pour la mission de l'Eglise.
"Souffrir pour l'Eglise et par l'Eglise"

Photocomposition - Madagascar Le Pape Benoît XVI et le Père Adolfo Nicolás, Directeur de l'Apostolat de la Prière, et Supérieur général de la Compagnie de Jésus
Comme chrétiens nous croyons que l'Esprit Saint assiste les successeurs des apôtres, les évêques, en communion avec le successeur de Pierre, et de manière toute particulière le Pape.
Le Pape Benoît XVI est un homme qui du fait de sa position institutionnelle a un regard universel sur le monde. A l'écoute de milliers d'hommes et de femmes des cinq continents il perçoit les grands enjeux d'aujourd'hui pour la mission du Christ. Les intentions de prière qu'il nous confie chaque mois sont des défis pour le monde, et des défis pour l'Eglise à son service.
Le Saint-Père nous invite à prier pour une intention générale et une intention missionnaire. En confiant ces défis à l'Apostolat de la Prière le Pape désire mobiliser le plus grand nombre possible de chrétiens, convaincu que cette communion de prière contribue à la mission de l'Eglise.
Son appel peut rejoindre aussi ceux qui ont soif de paix et de fraternité et sont désireux de participer, par toute forme de prière et d'action, à un monde nouveau
 D. Theotokopoulos (El Greco) - Larmes de saint Pierre 1580
Pierre a trahi Jésus mais il est aussi le témoin de son pardon et de son amour. "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?" Jn.21-17
L'Eglise est souvent perçue comme une institution d'un autre âge n'ayant pas su évoluer avec son temps. Son langage, tout particulièrement dans le domaine de la morale, est généralement disqualifié. Sa tradition théologique et spirituelle souvent méconnue est discréditée. Son langage n'est pas toujours simple et accessible, et demande des clefs de décryptage. Notre mémoire est marquée par des dysfonctionnements institutionnels, au cours de l'histoire de l'Eglise, qui ont voilé et fait obstacle à l'Evangile. Cependant, malgré son péché, elle porte dans des vases d'argiles une expérience spirituelle millénaire, une Tradition vivante qui la dépasse elle-même.
L'Eglise est née à Pâques de la mort et résurrection de Jésus-Christ, un événement inimaginable, « irruption de l'impossible ». Non pas un événement qui a eu lieu il y a deux mille ans, mais aujourd'hui. L'Eglise naît sans cesse du Christ, le Vivant, lui qui aujourd'hui comme hier la conduit par l'Esprit-Saint. Elle est communion d'amour avec Jésus, de tous ceux qui sont nés de l'Esprit par le baptême. Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre peut reconnaître l'Esprit à l'œuvre dans l'Eglise, elle qui « a pour mission d'entraîner toute l'humanité vers la communion universelle de l'amour ».
Celui qui aime Jésus-Christ fait l'expérience qu'il ne peut faire autrement que d'aimer ceux et celles qui constituent avec lui la communauté chrétienne, l'Eglise. L'Eglise est bien plus que ce que l'on peut imaginer. Non seulement il s'agit de l'accueillir telle qu'elle est et non pas telle que nous la rêvons, mais aussi de découvrir son mystère. Cela peut être un long chemin et une conversion profonde.
En aimant Jésus-Christ et en désirant le suivre davantage, je découvre peu à peu le sens de l'Eglise et sa mission : faire connaître toute la hauteur, la largeur, et la profondeur de l'amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Je désire alors davantage que l'Eglise, dans les grands changements sociaux, économiques et politiques, mais aussi éthiques, culturels et environnementaux, annonce « la vérité de l'amour du Christ dans la société ». Désirer cela, désirer que l'Eglise soit fidèle à la mission que le Christ a confiée aux apôtres, ne peut nous pousser, de tout notre cœur, qu'à prier pour sa mission dans le monde.
« Tout amour véritable doit sans doute passer par l'épreuve. Cela vaut tout autant de notre relation personnelle à l'Eglise du Christ que de nos relations humaines. Il est clair qu'alors nous découvrons ce que parfois nous avions ignoré ou voulu ignorer : l'Eglise est pareille à une personne, elle vit, elle s'affirme, elle agit, elle lutte, elle souffre et il peut nous arriver d'avoir à souffrir avec elle, et même pour elle, et parfois aussi par elle.
Que l'on ne s'attende pas alors à des indications ou à de petites histoires ! Chacun a le droit de garder ses secrets et de taire ses souffrances intimes. Mais l'essentiel n'est pas de révéler les noms de ceux qui nous auraient fait du mal ou nous auraient scandalisés. L'essentiel, qui est invisible aux yeux, mais qui peut être très sensible à nos consciences et à nos cœurs, c'est que les épreuves qui nous adviennent par l'Eglise nous obligent à vérifier ce que la théologie affirme de manière apparemment neutre : l'Eglise est inséparable de Jésus-Christ, sa vie et son histoire ne peuvent pas ne pas porter les marques de son Incarnation et surtout de sa Passion et de sa Pâque. C'est cette solidarité vécue avec le Christ qui se réalise alors au-dedans de nous-mêmes, dans la mesure où nous faisons corps avec le Corps du Christ et où ses blessures et ses luttes à Lui s'inscrivent en nous, comme l'apôtre Paul savait si fortement le dire aux premières communautés chrétiennes.
Vivre ainsi, de l'intérieur, le mystère de l'Eglise, c'est être appelé à comprendre à quel point le mystère du mal est comme révélé dans toute sa violence à travers le mystère du Christ, de Jésus trahi, renié, abandonné par les siens et livré sans défense à une monstrueuse coalition où se mêlent la haine, le mépris, la peur et les compromissions de toutes sortes.
L'agonie et la Passion du Christ ne peuvent pas ne pas marquer la vie et l'histoire de l'Eglise si l'Eglise est réellement, et non abstraitement, le Corps du Christ. Alors il ne s'agit pas seulement de dénoncer des prélats corrompus, des hommes d'Eglise qui mettent le souci de leur carrière au-dessus de leurs responsabilités pastorales, des confusions monstrueuses entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Il s'agit de comprendre que la puissance du mensonge, de la calomnie et du mépris, s'attaque à ce qu'il y a de plus saint non seulement dans telle ou telle personne particulière, mais dans cet ensemble vivant que constitue le Corps du Christ (...).
Chacun de nous, qui sommes investis du ministère apostolique, peut être amené à connaître une telle souffrance et à vivre une telle passion. Dieu seul en est alors témoin. (...) Mais la vie de l'Eglise passe aussi par là et nous n'apprenons à aimer l'Eglise, à lui être intégralement attachés, que dans la mesure même où nous consentons à souffrir pour elle, même si nous ne nous résignons jamais à souffrir par elle et par ce qu'il y a en elle de complicité avec le ‘mystère d'iniquité' »
Monseigneur Claude Dagens
"Méditation sur l'Eglise catholique en France : libre et présente" Editions du Cerf 2008 - pp.17-19
Il n'y a de véritable prière que lorsque toute notre vie est au service du Christ, au service de son Eglise. Les mots, les sentiments, sont vides s'ils ne prennent chair, s'ils ne s'incarnent ici et maintenant. Parole et geste vont ensemble. La générosité et l'amour ne suffisent pas s'ils ne s'inscrivent dans une décision, si petite soit-elle.
« Un jour j'ai découvert que mes réactions envers l'Eglise étaient distantes, avec un je ne sais quoi d'a priori négatif envers elle et sa hiérarchie et cela même alors que j'étais pleinement engagé dans l'Eglise. Je me suis mis alors à lire, pour la première fois avec un regard de bienveillance, les textes écrits par la Conférence épiscopale des évêques, et par le Pape, et à ma grande surprise je me suis senti profondément touché et rejoint. J'ai pris conscience que le discrédit du catholicisme dans la culture dans laquelle je vivais me marquait bien plus que je ne l'avais imaginé, en me faisant penser et sentir le contraire même de ce que je désirais. Aussi un jour, en prière, dans le cœur à cœur avec le Seigneur, je me suis décidé :
Père, dans ce monde complexe, marqué par tant de défis culturels, sociaux et religieux, je désire t'aimer et te faire aimer davantage. Dans ce monde qui a soif de la source d'eau vive et qui cependant discrédite ceux qui te suivent, je choisis l'Eglise et le Pape, successeur de Pierre ton apôtre. Donne-moi par la bonté de ton Esprit de « sentir avec l'Eglise et dans l'Eglise », de découvrir profondément son mystère pour l'aimer et la faire aimer toujours davantage. Au service de la mission du Christ, En communion avec le Saint-Père Donne-moi de faire entendre ton Evangile de liberté et de défendre fidèlement l'enseignement de l'Eglise.
Frédéric Fornos sj
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