Eveiller l’aurore – résonance artistique

Fractions du silences - Cinquième livre

Fractions du silences - Cinquième livre
Pour flûte et piano (1995) Bertrand DUBEDOUT

Commande du Festival Aujourd'hui Musiques de Perpignan.
Œuvre publiée aux éditions Gérard Billaudot.
CD « L'air du large », Annie Ploquin (flûte) et François-Michel Rignol (piano)
MOTUS M298004 [***** dans la revue Diapason]


" Dès l'instant où la lumière se déclare,
il y a ce feu dilapidé dans le jour. "

André du BOUCHET
( Laisse - © Fata Morgana, 1979)

À André du Bouchet, né à Paris en 1924, décédé en 2001 à Truinas dans la Drôme, et que beaucoup, parmi les plus dignes de foi, considèrent comme l'un des plus grands poètes du XXième siècle, je dois un choc, réel, profond, si tant est que ce terme soit à même de désigner ce qui dans notre vie fait point de bascule, et peut nous faire dire qu'il y a eu la période « avant », et la période « après ». Et comment décrire ce sentiment de voir le ciel plus bleu, le glacier plus blanc, l'angle ou le saillant plus vifs, ce sentiment de redécouvrir la densité du minéral, la morsure du froid, la valeur de l'obstacle, de la fracture, et celui de découvrir comment, paradoxalement, la lecture de ce qui sépare les choses peut nous faire ressentir, beaucoup plus intensément, ce qui les relie ?

Former, dissocier, relier : nous voici en même temps plongés au cœur de la problématique compositionnelle. Ma lecture d'André du Bouchet est comme une lecture à effet de retour. Ce que je ressens, ce que je pressens dans ma pratique musicale me reviennent en plein jour avec une incommensurable puissance. Ce n'est bien sûr pas de l'ordre de l'explication, ni du rhétorique, ce « retour énergétique » est riche de dimensions nouvelles qui m'invitent à leur tour au mouvement, au déplacement. Il n'y a pas système, seulement nécessité. D'ailleurs le poète nous propose lui-même l'axiome de la poésie : « Que cela soit indémontrable et jamais gratuit »*.

Voici le voile partiellement levé sur la genèse de « Fractions du silence », un cycle de huit œuvres - ou Livres, allant de l'instrument soliste à l'ensemble orchestral en passant par le support électroacoustique, dont j'ai imaginé la trajectoire dès 1992. Seul manque encore à l'appel aujourd'hui le Septième livre, pour ensemble orchestral.

Mais ce cycle résonne également d'une fascination très ancienne pour les musiques du Japon - musiques traditionnelles s'entend, leurs incroyables suspensions, leur ciselé, leurs textures instrumentales, leur densité vocale, pour ne livrer que quelques indices. On aura compris que ce qui est en cause dans cette relation n'est pas un processus imitatif. Par leur richesse même, ces musiques nourrissent un domaine expérimental, un laboratoire où forger non pas des procédés ou des automatismes à reconduire, mais bel et bien le vocabulaire et la syntaxe de nouveaux territoires expressifs, les outils, à la fois techniques, sensibles, et questionnant, d'une poétique musicale.

Ambitieux objectif s'il en est ! Au moins pourra-t-on mesurer la certitude - heureuse pour moi - de ne jamais en épuiser le propos. Encore moins le désir.

Bertrand Dubedout


Bertrand Dubedout est compositeur, directeur artistique associé du collectif éOle et du Festival Novelum, et professeur de composition électroacoustique au Conservatoire de Toulouse.

Pour en savoir plus sur l'auteur et son œuvre :
http://www.studio-eole.net/
http://www.billaudot.com/index_vf.html
http://brahms.ircam.fr/composers/composer/1159/ - works

Le CD « L'air du large » est disponible sur le site de MOTUS :
http://www.motus.fr


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