Des origines à nos jours
 

La dévotion, le sacré et le cœur

Le sacré ?

Quand Marguerite-Marie, à partir de sa première révélation, parle pour la première fois du Sacré-Cœur, elle introduit quelque chose de nouveau. Avant elle, l'expression était rare et n'était pas associée à une image précise. Pour elle, le Sacré-Cœur n'est pas l'exact équivalent du Cœur de Jésus, ou du divin Cœur, ou encore du saint Cœur. L'adjectif introduit une nuance précise et importante pour comprendre ensuite l'histoire de cette dévotion.

Le Cœur est dit sacré parce qu'une référence est faite à une représentation précise, d'abord intérieure puis extériorisée « en forme de cœur ». Les siècles précédents ne parlaient pas encore du Sacré-Cœur pour désigner le Cœur caché et signifié par la plaie du côté. L'invisible était dit par une forme visible : la blessure. L'interprétation du terme Sacré-Cœur suppose donc que l'on puisse lire et comprendre ce que signifie la manière dont est décrit ce Cœur qui est Sacré, et donc objet représentable, signifiant de la réalité mystérieuse qu'il révèle.

Marguerite-Marie s'explique peu par écrit. Elle a cherché par contre à dessiner ce qu'elle voulait exprimer. Il faut donc, pour bien l'entendre, distinguer ce que veulent dire d'une part le simple emploi du mot cœur, et d'autre part le dessin d'un cœur qualifié de sacré. Deux évolutions sont à prendre en compte :
- d'abord le déplacement de la symbolique du cœur dans le discours des temps modernes,
- et ensuite, la signification emblématique de l'emploi d'un dessin utilisant le graphisme cœur.

 

coeur

Jetons un regard attentif sur le premier dessin du Sacré-Cœur, schématisé ci-dessus au centre. Ce dessin et les deux autres font apparaître un principe de composition intermédiaire entre celui d'un blason et celui d'un ostensoir. La figure de base du premier est l'écu, un carré dont le côté inférieur est arrondi en accolade tournée vers le bas. L'écu porte d'autres figures conventionnelles déterminant les caractéristiques de la personnalité sociale de celui qui le porte. L'emblème du Sacré -Cœur adopte pour figure de base un cœur dont la forme n'est pas très différente de celle de l'écu et fait, en outre, transition avec la figure ronde de l'ostensoir. L'écu est surmonté par une couronne qui signifie la dignité sociale ou politique baron, marquis, duc, roi. Cette couronne peut entourer l'écu lorsqu'il s'agit d'une personnalité religieuse. Marguerite-Marie remplace la couronne royale par une croix mais entoure le cœur d'une couronne d'épines qui évoque aussi le soleil de gloire qui rayonne autour de l'ostensoir. A l'intérieur du cœur, forme de base, prend place la plaie du côté, figure centrale qui donne sens à tout l'ensemble.

Pour un homme du XVIIe siècle, l'écu signifie sans hésitation la personnalité sociale du noble. Il dit la dignité et la puissance de sa famille, la gloire de sa lignée. Le cœur signifiera alors sans équivoque la personne vue de l'intérieur et, puisqu'il s'agit du Christ, sa Personne divine incarnée et le mystère de sa mort et de sa résurrection manifesté par le Saint Sacrement. Le cœur renvoie aussi bien à l'hostie de l'ostensoir qu'à l'écu. La couronne d'épines qui l'entoure précise de quel ordre est la puissance du Christ et rappelle la gloire solaire de l'Eucharistie. Comme l'écu du blason, le cœur, avant de dire l'amour ou l'affectivité, dit la personne. Ainsi lu dans la rigueur de son langage, l'emblème prend une portée théologique précise. Il désigne la personne divine du Christ incarné dont la gloire de ressuscité proclame, par les insignes de sa passion et de sa mort, le rayonnement de l'Amour.

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D'après l'article d'Adrien Demoustier,
publié dans le n°139 de la revue Christus

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