| Des origines à nos jours | |||
CoeurPour Marguerite-Marie, le cœur, forme de base de l'emblème, n'est pas seulement une manière de figurer la partie pour le tout ou de dire l'amour du Christ comme une partie de son Mystère. Il dit, sous un mode précis et complexe, le Mystère du Christ tout entier, en personne ; à la condition toutefois que l'emblème ne soit pas regardé comme une image muette, mais lu en tenant compte du langage qu'il emploie, langage alors simple et profondément inscrit dans la culture du peuple. Le message de la dévotion ainsi véhiculé, multiplié par des feuilles volantes imprimées, prend une portée pastorale majeure. La masse des fidèles était constamment tentée de réduire le Christianisme à un culte des Saints et, au mieux, à une adoration plus ou moins magique de l'hostie consacrée entrevue lors de l'élévation. Proposer une représentation imagée de l'humanité du Christ risquait d'en faire seulement le plus puissant des saints. L'emblème du Sacré-Cœur répondait au besoin populaire de voir et lui donnait à lire, selon ses moyens, une image qui le conduisait au contenu théologal le plus central de la foi. Dieu n'aime pas seulement par ses saints, mais aime lui-même, par l'incarnation de son Fils. "Dès lors qu'Il nous a donné son Fils, Saint Jean de la Croix Cet emblème, poursuit le Père Adrien Demoustier, portait un autre message de nature sociopolitique. Ce Cœur, dit Sacré, se réfère à la gloire solaire du Saint Sacrement. S'il est solaire et sacré, il est aussi royal. En ces triomphales années du règne de Louis XIV, le soleil, comme le sacré, sont des attributs qui sont principalement associés au culte du Saint Sacrement et au prestige, il faudrait presque dire au "culte ", du roi qui est et pour tous un personnage éminemment sacré. Le soleil est alors le signe emblématique du roi de France, massivement répandu par la propagande depuis le règne d'Henri IV. Cette époque associe étroitement la royauté française et le Saint Sacrement. Un certain nombre de marques leurs sont communes et réservées le dais, le soleil, ne sont utilisés que pour les entrées royales dans les " bonnes villes " de France, et à la procession du " Corpus Domini ", la Fête-Dieu où l'ostensoir représente le soleil. Le dessin de Marguerite-Marie, un siècle avant la Révolution, invite à une intériorisation et à une dépolitisation du Sacré qui n'est pas d'abord la puissance politique et religieuse du prince, mais l'intérieur du Christ, sa Personne divine incarnée. Ce langage est parlant dans cette société de l'Ancien Régime. Le vrai lieu du sacré est le Cœur du Christ eucharistique, mort et ressuscité, présent en celui des baptisés... La religion est le Roi très-chrétien. Ce message oriente donc vers une intériorisation de la dimension sacrale de la religiosité sociale. Il dirige vers le Mystère du sacrifice eucharistique du Christ l'intense besoin de " dévotion populaire " qui s'en tenait jusqu'alors au culte des Saints. D'après l'article d'Adrien Demoustier,
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