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Grèce
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DE L'ŒCUMÉNISME RÊVÉ A L'ŒCUMÉNISME VÉCU  - En Grèce, le dialogue entre chrétiens de confessions différentes est un idéal que les relations institutionnelles entre Eglises rendent souvent impossibles.

 


De l'œcuménisme rêvé à l'œcuménisme vécu

 

Lettre d'un prêtre catholique grec à un ami italien :

 

« Au niveau formel, très peu de choses sont possibles. Les résistances orthodoxes sont énormes. Il n'y a pas de possibilité de prière en commun. La mentalité dominante est hostile à l'Eglise catholique, en ville et, encore plus, dans les campagnes.

 

Les exceptions à cette ligne de conduite sont des initiatives personnelles. Par exemple l'accueil des étudiants catholiques à la Maison Santa Barbara gérée par les Apostoliki Diakonia (orthodoxes)

 

Il existe la Semaine des Prières pour l'Union. Le jésuite Michel Roussos, promeut depuis des années cette initiative. Mais, même si quelques rencontres communes ont lieu, la présence orthodoxe est très limitée et cette initiative est inconnue du grand public.

 

Rien faire qui puisse être assimilé à du prosélytisme



 

 

Il faut dire cependant que, dans nos écoles catholiques, 95 % des élèves sont orthodoxes. 8 écoles et environ 7.000 élèves. Selon le programme scolaire national, des théologiens orthodoxes enseignent la religion orthodoxe. Nous prenons soin de la formation religieuse des élèves orthodoxes et nous en faisons plus sur ce point que ce qui se fait dans les écoles publiques. La plupart des enseignants de religion (prêtres ou laïcs) sont ouverts à la collaboration. Toutefois, il faut toujours faire très attention à ne pas offenser, à ne rien faire qui puisse être assimilé à du prosélytisme. Il existe une obsession sur cette question.

 

Beaucoup de nos ménages sont mixtes. A Athènes, plus de 90 % chez les catholiques. Les couples, habituellement, célèbrent deux mariages : un catholique et puis un orthodoxe. L'Eglise orthodoxe ne reconnaît pas la célébration catholique ; on ne peut faire une célébration de mariage commune et le couple doit signer un document déclarant que les enfants à venir seront orthodoxes. Certains diocèses demandent un acte de notaire. Cette mesure provoque souvent l'indignation des orthodoxes eux-mêmes. Le Métropolite de Syros, région où la population est mixte, a retenu une formulation plus prudente dans laquelle le couple s'engage à transmettre à ses enfants le respect pour l'orthodoxie. Dans ces rencontres de préparation au mariage, j'essaie d'inviter un prêtre orthodoxe.

 

Enfin, tant que le baptême et les sacrements catholiques ne seront pas reconnus, il y aura une situation confuse. L'attitude de l'Eglise grecque orthodoxe sur ce point est ambiguë. S'ils célèbrent le mariage avec un catholique cela ne signifie-t-il pas qu'ils le reconnaissent comme chrétien ? Alors pourquoi imposer le baptême aux convertis catholiques ?

 

 

 

 

L'œcuménisme est surtout informel. Dans la vie quotidienne, nous sommes toujours dans une ambiance orthodoxe. A commencer par nos familles ; la plupart sont des familles mixtes et donc, les fêtes ou les jours importants de l'année se fêtent tantôt de façon catholique, tantôt de façon orthodoxe.

 

Des orthodoxes participent volontiers aux célébrations catholiques

 

 

 

 

Au sein de notre Eglise, il n'est pas rare de voir des personnes orthodoxes qui participent aux célébrations catholiques parce qu'ils ont des catholiques dans leur famille. Il y en a aussi certains qui se sentent mieux dans l'Eglise catholique et donc, leur pratique religieuse est catholique mais sans sentir le besoin de passer formellement à l'Eglise catholique et nous ne leur avons pas demandé. La majorité d'entre eux ne souhaitent pas changer d'appartenance ; en quelque sorte, ils ont réalisé l'union des Eglises dans leur propre vie.

 

Le point de contact avec la société orthodoxe est l'école catholique, comme je l'ai déjà dit. Les parents font confiance pour inscrire leurs enfants dans une école de Sœurs ou de Frères. Même si économiquement c'est un grands poids pour la famille.

 

Au niveau personnel, nos rapports avec le clergé orthodoxe sont bien plus libres, mais ils ne sont pas très nombreux. Dans les îles à la population catholique, dans de petits groupes sociaux, ces rapports sont fréquents mais il faut respecter les sensibilités.

 

Cependant, si l'appartenance religieuse était une réalité claire et évidente jusqu'à il y a peu de temps, ceci n'est plus aussi vrai pour les jeunes. Pour les plus anciens la religion faisait partie de leur identité et avait une signification au sein de leurs relations. Pour les jeunes, c'est moins vrai. La religion ne définit pas leur identité et n'influence pas leur vie. »


Traduit de l'italien par AP-France

 


Ces mots peuvent nous paraître difficiles à entendre, à nous qui rêvons d'un œcuménisme lisse et joyeux. Ils disent combien dans une même famille, les relations fraternelles peuvent être tendues, et la position du plus fort peu respectueuse du plus faible. Le chemin est encore long mais doit s'appuyer sur les initiatives de terrain tout autant que sur la volonté ferme de rapprochement affichée par Benoît XVI et les Patriarches Orthodoxes. La nouvelle traduction de la TOB qui fait une belle place au canon orthodoxe des Ecritures en est un bel exemple.

Equipe AP



« Catholiques et orthodoxes ont la même structure fondamentale, issue de l'Eglise Primitive. » « Il existe... d'immenses différences historiques et culturelles... mais l'important, c'est de nous apprécier réellement, d'être unis intellectuellement, et de nous approcher d'aussi près les uns des autres, de coopérer les uns avec les autres autant que nous pouvons le faire - et de tenter, pour le reste, de traiter les questions encore en suspens. Et dans tout cela, de nous rappeler toujours que Dieu doit nous aider, que nous ne pouvons y arriver seuls. »


Benoît XVI - Lumière du monde, pp. 120-124

 

 

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