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80 ans
 
Allemagne
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LES ELEVES SONT D'ABORD DES PERSONNES - Nos voisins allemands impriment à leurs classes une ambiance particulière, qui étonne parfois les jeunes français. Hilde Segna, enseignante de langues étrangères à Hanovre, nous révèle un peu de son quotidien, montrant comment elle instaure une relation bien spécifique avec ses élèves.

 


Les élèves sont d'abord des personnes

 

Le professeur principal suit « sa » classe pendant deux ans


« Dans ma carrière d'enseignante, il a été important pour moi de faire vivre des valeurs auxquelles je crois : la première est le respect. Mais aussi la responsabilité, la tolérance, l'entraide, la confiance, et le fait de pouvoir apprendre sans peur. En Allemagne, de la première à la dixième classe, un professeur est affecté pour deux ans à une classe dont il est responsable. A côté des cours qu'il assure, cet enseignant fait avec ses élèves des sorties et un voyage d'une semaine, qui va unifier le groupe classe. C'est lui qui va parler avec les élèves des problèmes qui se posent et chercher des solutions. Evidemment, il y a de bons et de mauvais ‘professeurs de classe'.

 

Dès le départ, j'énonce mes valeurs à ‘ma' classe très clairement et je dis pourquoi je vais faire telle ou telle chose. Nous décidons ensuite ensemble ce qui va être essentiel à vivre en classe et ce que nous ne voulons pas vivre.

 

 Aucun élève ne doit vivre avec le sentiment
que personne ne veut travailler avec lui

J'impose à mes élèves un changement de places dans la classe tous les mois, pour qu'ils ne soient pas uniquement à côté de leurs amis. Nous faisons beaucoup de travaux de groupe. C'est souvent moi qui décide des groupes car aucun élève ne doit vivre avec le sentiment que personne ne veut travailler avec lui.

 

Apprendre à porter un regard positif

 

Je ne fais jamais de commentaire négatif sur les performances des élèves. Chacun doit pouvoir faire des erreurs sans crainte. Personne n'a le droit de se moquer de celui qui fait des erreurs. Je le signifie aux élèves, et lorsque cela arrive malgré tout, je regarde droit dans les yeux l'élève qui s'est moqué et cela suffit pour être claire. Quand je ne vois pas qui s'est moqué, j'énonce très clairement que ce n'est pas correct et je rappelle que nous avons décidé ensemble de ne pas faire cela. En général, ça marche.

 

J'entraîne aussi les élèves à faire des critiques positives. Après un exposé d'élève, par exemple, j'appelle chacun à faire un commentaire positif de cette présentation. Les élèves disent ensuite ce que la personne pourrait améliorer ou soulignent un point d'attention pour la prochaine fois.

 

 

 

Leur donner des responsabilités

 

Lorsque nous faisons des excursions de classe, les élèves sont responsables du programme. Les élèves font les ‘guides' des visites par petits groupes. Ils se sont renseignés sur Internet, ont choisi les objectifs. Les plus jeunes élèves ont fait le guide en allemand à Arles et Marseille, les plus grands en Français à Paris, ou en anglais à Londres. C'est extrêmement agréable, aucun ne va dire : « combien de temps ça va encore durer ? », ou bien : « il faut vraiment y aller ? », car chacun va devoir mener le groupe à son tour et compte sur la coopération et la tolérance des autres à ce moment-là. De plus, les élèves choisissent des visites intéressantes et cherchent à les rendre attractives. Pour moi aussi, c'est assez enthousiasmant et fort agréable.

 

Parler au professeur et faire la différence
entre « rapporter » et « informer »

J'ai toujours fait aussi, en tant que professeur de classe, des rencontres régulières avec les délégués de classes. J'explique à la classe ce que signifie « rapporter », ce que les élèves peuvent régler entre eux et quelles sont les informations qu'il est important que le professeur connaisse afin d'éviter que les petits problèmes ne deviennent gros. Nous parlons du harcèlement, de l'exclusion, afin de trouver ensemble des solutions. Une fois par semaine, je demande aux délégués s'ils ont des problèmes, si tous les élèves de la classe se sentent bien. Mais je m'adresse aussi à certains en particulier, lorsqu'ils semblent être en difficulté ; si les questions sont plus importantes, nous les traitons avec toute la classe.

 

L'élève n'est pas « un problème » mais d'abord une personne

 

Il est important que les élèves sentent qu'ils ne sont pas, eux, un problème, mais que leur comportement, lui, peut poser problème. Et un comportement peut être modifié ! Je ne me fâche donc jamais contre des ‘élèves à problèmes', mais je parle de façon très distanciée des comportements qui ne conviennent pas. L'ensemble de la classe ne doit pas non plus entrer dans l'agressivité

 

J'essaie de toujours considérer mes élèves avec respect et de leur montrer qu'ils sont importants pour moi, qu'ils soient bons ou mauvais élèves. Personne ne doit avoir peur pendant les cours, ni des autres élèves, ni du professeur. Je suis cohérente dans mon comportement. Les élèves doivent observer les règles, s'ils ne le font pas, cela a des conséquences qu'ils connaissent à l'avance. Lorsqu'un élève, par exemple, ne fait pas ses devoirs à la maison, il a un « moins » mais je ne fais aucun commentaire. Si cela revient trop souvent, je vais m'entretenir avec l'élève pour essayer d'en comprendre les causes.

Dans mes cours, j'estime que l'ambiance est plutôt bonne et attentive ; évidemment, nos élèves ne sont pas des anges, lorsque le professeur quitte la salle par exemple ! Mais dans l'ensemble notre école est plutôt agréable. Ce qui n'est pas le cas de toutes, évidemment. »

Hilde Segna
Hanovre

 

 

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