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L'héritage du Père Tilo : la semence germe des bibles enterrées.

La mort du P Tilo (Rutilio Grande) n'a pas éteint son œuvre. Il avait eu des compagnons dans la foi et l'action. Il est émouvant de rendre ici vie à quatre d'entre eux, souvent des anonymes pour nous, européens. Au Salvador, passionnés par leur peuple et sûrs de la Parole de Dieu, ils sont allés jusqu'à renoncer à toute sécurité pour rendre à leurs frères leur identité de fils de Dieu.

Jesus Jimenez, abattu comme un chien.

Après la mort du P. Tilo, Jesus Jimenez, délégué de la Parole, consacra sa vie à célébrer avec sa communauté. Sa force ? consoler les communautés frappées par les persécutions. Il visite d'autres communautés paroissiales pour les encourager, particulièrement celles qui subissaient la répression et qui commençaient à émigrer à la recherche d'autres lieux moins dangereux. Deux ans après la mort du Père Tilo, Jésus Jimenez fut poursuivi par la police au milieu du champ de cannes à sucre et assassiné. Ils le suspendirent à un bâton, comme un animal abattu et le jetèrent sur le parvis de l'église, le laissant ainsi plusieurs heures durant, pour l'exemple, empêchant la communauté de recueillir sa dépouille. En signe d'avertissement.

Numa Escobar

Egalement délégué de la Parole, Numa Escobar s'engagea dans l'organisation paysanne. A travers elle, les délégués cherchèrent à être entendus pour présenter leurs revendications et trouver des solutions à leur pauvreté. Numa parcourut d'autres communautés, d'autres zones. Ils furent nombreux à s'engager dans des organisations paysannes qui avaient vu le jour sous la protection de l'Eglise. N'oublions pas qu'à cette période, ces organisations étaient interdites, même par la Constitution. Numa Escobar fut assassiné au milieu de son peuple, accusé d'être communiste et de se laisser embrigader par des idéologies étrangères et illégales.

Polin, le paysan analphabète pour qui la foi, lue et écrite est au plus profond du chemin vers la justice.

Apolinario Serrano, dit « Polin » ou le Paysan « priant», avait appris à lire et à écrire avec les « journées d'alphabétisation » mises en place par la paroisse. Il semblait faible et fragile, mais sa parole prit force, non seulement parmi les paroissiens, mais aussi à travers les différents mouvements paysans qui commençaient à se former.

Sa manière populaire de parler, de voir la réalité, marquait les meetings des manifestations paysannes. Sa foi l'accompagnait toujours et il la transmettait. Lui qui avait eu plusieurs fois l'occasion de parler avec Mgr Romero (assassiné il y a 30 ans tout juste), fut exécuté avec d'autres leaders, en route vers San Salvador.

Subir le martyre au travers de sa famille : Maria Ernestina Rivera - la prière qui déplace les montagnes.

Dès l'arrivée du Père Tilo, on lui fit savoir que Maria était une femme pieuse, qui fédérait le secteur et dont la prière montait au ciel comme une fusée, sans jamais retomber à terre ! Elle accompagna le Père Tilo dans de nombreuses formations. A sa mort, elle fut obligée de se cacher puis d'émigrer à l'étranger. Un de ses fils fut tué, une de ses filles poursuivie, et elle finit par assister à la dispersion de sa famille, de sa communauté et de ses amis.

Maria resta toujours fidèle à sa vocation et à son affection pour le Père Tilo. Elle continue avec impétuosité à participer aux célébrations de sa communauté et reste la « priante » recherchée de tous, celle qui prie spécialement pour victimes des assassinats et de la délinquance qui règnent aujourd'hui au Salvador.

Elle se souvient du jour où le Père Tilo lui demanda de prier pour la conversion de Mgr Romero à la cause du peuple. Le jour de la sépulture du Père Tilo, elle sentit que la prière de sa communauté avait été exaucée en écoutant l'homélie de Mgr Romero : la mort de son ami le Père Tilo avait fait basculer sa conviction. Pour Maria, prier c'est montrer la fleur de l'espérance sur les chemins de la souffrance et de la mort

P. Edouard Valdés s.j.
Traduit de l'espagnol par l'équipe de l'AP

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