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ET SI D'UN MAL SORTAIT DU BIEN ? - Quand une catastrophe naturelle s'abat sur un pays, toute notre sensibilité en est affectée. Les media nous saisissent par les images, les mots. Mais six mois plus tard ? Qu'entendons-nous, que voulons-nous encore savoir ? Antoine de Monjour, prêtre du diocèse de Saitama, Japon, entrouvre une porte sur l'après tsunami : aujourd'hui, là-bas...


Et si d'un mal sortait du bien ?

« Cela fait tout juste 6 mois,
que le Japon était frappé par
une double catastrophe naturelle
( 11 mars 2011) : un très violent
séisme (magnitude 9 sur l'échelle
de Richter) survenu au large
de la côte est-nord-est de l'île
du Honshu, dans les fonds
de l'Océan Pacifique, suivi
d'un non moins fort tsunami,
vague qui a ravagé ces côtes
sur près de 500 km. Ce tsunami
a entraîné une troisième
catastrophe : un accident
nucléaire dans une centrale
située sur la côte Est
dans le département
du Fukushima-Ken.

Les médias du monde entier
ont surtout  retenu cette
dernière information ainsi que
le remarquable sang froid
des japonais, leur calme,
leur sens de l'organisation,
leur discipline et leur entraide
face à cette accumulation
d'adversités. Les japonais ont
été très sensibles à
la mobilisation internationale
pour leur venir en aide,
aux ONG multiples,
à tous ces secours venus
parfois de pays inattendus
comme l'Iran qui a envoyé
une équipe spécialisée
pour rechercher des victimes
sous les décombres
ou cette équipe de médecins
venus d'Israël
avec un hôpital militaire
de campagne.

Si lors du grand tremblement
de terre de Kobé en 1995
de nombreux japonais
se sont mobilisés pour venir
en aide aux étrangers
qui se sont retrouvés isolés
et démunis, cette fois-ci
ce sont aussi de nombreux
étrangers,vivant au Japon,
qui se sont mobilisés pour
venir aider les réfugiés
japonais dans les départements
sinistrés.

Six mois après le drame du tsunami, où en est le Japon ?

« Nous pourrions nous contenter d'un bilan par les chiffres, et il y en a !
- 15 781 morts confirmés ;
- 4 086 disparus dont un millier de corps retrouvés mais non encore identifiés ;
- 100 000 habitations provisoires construites ou locations
mises à la disposition des réfugiés
- dont 6 000 vivaient toujours fin août dans des abris réquisitionnés
après les catastrophes : gymnases d'écoles, centres municipaux, hôtels ;
- 80 000 personnes ont quitté l'un des trois départements
les plus touchés (Iwate-Ken, Miyagi-Ken et Fukushima-Ken)
pour se réfugier ailleurs. Parmi elles, 36 000 ont déjà décidé de ne plus revenir,
devenant nouvel habitant du département où ils se sont inscrits ;
- 34% de la population du Fukushima-Ken espère déménager
hors du département ;

- Plus de 63 000 personnes ont perdu leur emploi dans les zones sinistrées
(outil de travail détruit par le séisme, lieu de travail emporté par le tsunami,
disparition du personnel qualifié ou du staff....) ;
- 13 000 (seulement 20,5%) environ ont pu retrouver du travail
dans le département où elles étaient avant le séisme.

Cela complique sensiblement le relogement des habitants
et les projets de reconstruction car une partie des réfugiés
cherchent du travail ailleurs que dans les départements sinistrés

L'accident nucléaire, à lui seul, a entraîné un déplacement de population important de 85 000 personnes. Quand pourront-elles revenir ?
Nul ne le sait avec exactitude sauf que cela va se compter en années...


Dans les zones ravagées par le tsunami tout reste encore à faire

Nous pourrions aussi comptabiliser les retards dans les constructions provisoires, les lenteurs administratives dans le versement des aides aux populations sinistrées, un changement de Premier Ministre, fin août qui n'a pas accéléré l'avancée des projets de reconstruction dont les financements restent encore à l'état de chantiers. Dans les zones ravagées par le tsunami, tout reste encore à faire : les millions de tonnes de gravats en tout genre laissés par le passage, double, de la vague du tsunami ont du mal à être évacuées, les autorités ne sachant plus où les mettre, sans parler de la difficulté de trier au moins en partie ces montagnes de débris. Des réfugiés ont décidé de ne plus attendre et sont revenus dans leur quartier où ils veulent vivre de nouveau, reconstruire leur maison, recommencer à travailler. Et que dire de ce qui se passe dans la zone entourant la centrale nucléaire accidentée... La liste paraît longue de tout ce qui ne va pas ou s'améliore lentement. Il ne faut pas s'y arrêter !

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Redécouverte de la solidarité et des liens sociaux

Une bonne partie des habitants
de l'Archipel a découvert
ou redécouvert des solidarités.

Si une bonne partie de la population est revenue à son rythme de vie « normal », une autre bonne partie des habitants de l'Archipel a découvert ou redécouvert des solidarités, des liens humains, des liens familiaux, des relations de voisinage, des temps de vie commune (parfois un peu longs dans les grands abris !), de vie partagée (repas, travaux communs, soutien mutuel et entraide) dont elle ne soupçonnait plus l'existence. Cela est perçu comme « nouveau » dans une vie sociale devenue très technique, où les relations passent beaucoup (trop) par le relais du « portable », des « mails et SMS » et d'internet, avec des changements perpétuels dans les moyens utilisés. Ces modes de communication laissent encore plus isolées des personnes âgées et tous ceux qui ne peuvent suivre ou simplement accéder (cela a aussi un coût !) à cette sophistication de la vie quotidienne.

Les jeunes

Des jeunes ont découvert
qu'ils peuvent vivre sans
ce à quoi ils pensaient tenir le plus.

La triple catastrophe a mis brutalement des gens ensemble, sans moyens, dépendant également de la solidarité des autres. De nombreux témoignages de jeunes relèvent le fait qu'ils ont découvert qu'ils peuvent vivre sans ce à quoi ils pensaient tenir le plus (essentiellement dans le domaine du matériel) et dont ils croyaient ne pas pouvoir se passer sans être « morts » socialement.

 

L'Eglise Catholique au service des plus isolés.

L'Eglise Catholique malgré sa taille microscopique a pu mettre en place des réseaux de volontaires

Les Eglises au Japon se sont aussi très rapidement et fortement mobilisées pour venir en aide aux sinistrés. L'Eglise Catholique, pour ne citer qu'elle, malgré sa taille microscopique -0,5% de la population- a pu mettre en place des réseaux de volontaires, rassembler des moyens en matériels et financiers bien au-delà des cercles habituels des paroisses et des mouvements.

L'Eglise du Japon a opté
pour l'organisation d'envois
de volontaires et des aides
sur du long terme.

Face à l'arrivée massive des ONG et des aides internationales dans les premières semaines après la triple catastrophe, l'Eglise du Japon a opté pour l'organisation d'envois de volontaires et des aides sur du long terme (elle envisage une première période de trois ans). L'accent est mis sur l'attention aux personnes les plus isolées, les cas de plus en plus nombreux de personnes en dépression, sur l'investissement en « temps d'écoute » des sinistrés, sur l'ouverture dans des « quartiers » ou blocs de logements provisoires de lieux d'accueil ou « Community Centers » qui seront animés par des équipes de volontaires.

 

Un bonze de Ishi-No-Maki, dans le département du Miyagi-Ken,
rappelait que d'une eau fangeuse pouvait surgir un superbe lotus...
D'un mal, dirions-nous, peut sortir un bien, et même « du bien ».

Suite à cette triple catastrophe, c'est ce que nous pouvons raisonnablement espérer avec et pour les japonais.

Père Antoine de Monjour,
Missions Etrangères de Paris

Article paru dans la revue des Missions Etrangères de Paris

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Suivre heure par heure la catastrophe du 11 mars 2011
Notes du P. Antoine de Monjour - Télécharger

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