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Témoignage

ADOPTER UN ENFANT TRISOMIQUE,
UNE FOLIE ? -
Alors que la société tout entière valorise l'intelligence et la performance, Ana et Dito, déjà parents de quatre enfants adoptent un enfant trisomique. Quelles sont leurs questions, leur espérance, la raison profonde de leur décision ? Ils nous ouvrent leur maison et un peu de l'intimité de leur vie.



Adopter un enfant trisomique, une folie ?

Apostolat de la Prière - Dans un climat général où on fait tout ce qui est possible pour que ne viennent pas au monde des enfants atteints de trisomie, comment en êtes-vous arrivés à adopter un enfant qui en est atteint ?

Ana - Ce n'est pas une décision qu'on prend en une seconde ! Il me semble que Dieu parle à travers nos désirs les plus profonds et depuis que je suis toute jeune, c'est chez moi un désir très ancré. Engagée toute jeune auprès de personnes âgées et handicapées, j'ai fait la connaissance d'une femme, Teresa, qui avait une fille handicapée, Nuria. Cette expérience l'avait transformée. Je pensais déjà que lorsque je serais plus grande, j'adopterais un enfant malade, ou atteint du SIDA même si c'était difficile.

Nous nous sommes connus, Dito et moi, alors que nous nous occupions de personnes handicapées. Dito disait toujours que Dieu nous aime tous de la même manière mais qu'il s'attendrit davantage auprès de ceux qui sont les plus défavorisés, comme une mère qui aime tous ses enfants mais prend davantage soin de celui qui est malade. Nous nous sommes mariés, en nous disant que pour être près de Dieu nous devrions rester en contact avec la réalité souffrante.

Une décision qui vient de loin

 

 

Dito - Nous avons vécu ensuite en Bolivie et là-bas, nous avons eu l'opportunité d'adopter un enfant né sans bras. Mais nous étions alors dans l'attente de notre premier enfant. La question de l'adoption d'un enfant affecté d'un handicap est restée présente en nous. En rentrant de Bolivie nous avons commencé à enseigner tous les deux au collège. Nous avons eu quatre enfants mais nous avons décidé de poursuivre notre contact avec les personnes les plus défavorisées, en rentrant dans un organisme.

Témoigner « en vrai » de nos valeurs à nos enfants

 

 

Peu à peu, nous avons réalisé tout ce que nous avions vécu de beau en Bolivie. Mais comment le transmettre à nos enfants autrement qu'avec des mots ? La question de l'adoption d'un enfant se posait vraiment. Mais quel type d'enfant, comment être réaliste, ne pas provoquer un déchirement pour notre famille ?

Nous nous sommes beaucoup informés. Les personnes avec lesquelles nous avons parlé en profondeur disaient que l'enfant trisomique jouit d'une certaine autonomie, qu'il est joyeux, affectueux. Beaucoup de leurs mamans disaient : « ce sont des anges ». Nous en sommes arrivés à la conclusion qu'adopter un enfant atteint du syndrome de Down était possible.

TEM-Rovira-Baurier

Y a-t-il eu des étapes dans votre décision ?

Dito - Oui, chacun a fait son chemin de son côté. Ana a vu les choses clairement la première, ensuite ce fut moi, j'étais arrivé à l'âge critique de la quarantaine. Je me suis posé la question de savoir ce qui était le plus important : la famille, les enfants, le travail.

Le monde serait perdant sans ces enfants « tout cœur »

 

 

A ce moment, il s'était passé des choses très symboliques en Espagne : adoption de la loi qui facilitait l'avortement, manifestation de mères d'enfants trisomiques, disant combien l'humanité serait perdante si ces enfants ne pouvaient plus venir au monde, parce qu'ils étaient « tout cœur ».

Nous avons pu parler aussi avec des personnes qui avaient vécu les difficultés de l'adoption quand les enfants deviennent grands. Dans le discernement tu évalues tout ce que tu risques et tout ce que tu gagnes. Mais dans notre monde ces actes paraissent hyper héroïques, alors que dans d'autres parties du monde lorsqu'un enfant est sans parents on accueille celui qui reste seul. Nous vivions dans une grande maison lumineuse ... la moindre des choses, c'était de la partager !

Ana - J'ai fait alors une expérience spirituelle très forte après une situation de grand stress au travail; il me semblait entendre qu'on me disait : « tu adopteras un enfant ». Dans ma prière, j'éprouvais une paix très profonde lorsque je pensais à cette possibilité d'adoption.

Dito - Lisant l'Évangile pendant plusieurs jours je voyais que Dieu était proche des petits, ses préférés ... comme un message qui se répétait continuellement, un peu comme si on me disait que dans notre vie il faut avoir la force de choisir le plus petit. J'ai tout abandonné entre les mains de Dieu. J'ai dit à Ana que son rêve, nous pouvions faire qu'il devienne réalité. Il y eut beaucoup de choses symboliques pour nous conforter, et puis sont venues aussi les craintes : et si tout se passait mal ! Les craintes de ma mère, en particulier.

La crainte, c'est le plus grand ennemi

 

 

Quand nous avons accueilli Alfredito, il avait déjà quatre ans. Lorsque nous l'avons eu chez nous, c'était comme si Dieu nous regardait avec un sourire, disant « comme tu as bien fait ».

Traduction de l'espagnol, Equipe AP


Un extrait de la rencontre avec Ana et Dito - en espagnol !

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