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L'EVANGILE : AU RISQUE DU DETOURNEMENT DE SON MESSAGE... Au Brésil, comme dans d'autres régions du monde, le message de l'évangile a soutenu des efforts d'émancipation des communautés paysannes. Et pourtant, quand on recueille en tête à tête la parole de quelques paysans, quelles traces a-t-il laissé ?



L'Évangile : au risque du détournement de son message...

À travers mes périples dans le Brésil rural, j'ai particulièrement sympathisé avec des leaders paysans ayant grandi comme moi dans l'ambiance de mouvements de jeunesse catholiques. J'ai pu les voir au travail, où ils utilisent souvent les références de la Bible dans des actions de mobilisation et formation dans leurs communautés ou syndicats. À ces occasions, j'entends régulièrement des reprises de la Bible pour délivrer des messages d'émancipation, de justice, ainsi que des appels à l'engagement, la solidarité et à la transformation des réalités rurales.

J'y suis retourné dernièrement dans le cadre d'une formation universitaire, pour y réaliser un travail de recherche. Avec les outils de la sociologie, je me suis entretenue avec de nombreux paysans en tête à tête... De la part de certains d'entre eux, j'ai alors entendu une autre facette du recours aux références bibliques. Dans leurs bouches, ces dernières avaient principalement valeurs de loi ou de principes à obéir. D'autres reprenaient le discours religieux pour insister sur la nécessité du « dur labeur », et condamner au passage leurs voisins qui leur semblent peu travailleurs : un discours habituel de la part des élites brésiliennes à propos des pauvres et des paysans, qu'une partie d'entre eux a finalement intégré. Comment se fait-il que le style de vie des communautés chrétiennes, qui lisent et font autant référence à la Bible, ne soit pas toujours celui de l'Evangile ?

Le prêtre de passage mange à la table du propriétaire après la messe.

 

 

En cherchant à comprendre cette situation, j'ai découvert que dans certaines régions brésiliennes, la chapelle de communautés rurales peut être construite près de la maison du grand propriétaire : beaucoup de familles, qui dépendent de lui pour cultiver, lui sont subordonnées. Le prêtre de passage mange à la table du propriétaire après la messe.

Ce type de collusion entre les ministres de l'Église et les dominants permet de mieux comprendre la difficulté d'une partie des paysans à accueillir l'Évangile comme un message de fraternité et de justice, et non de soumission à ceux qui le proclament.

Véronique, Equipe AP


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