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AU SALVADOR, DES TEMOINS DU CHRIST.

Prêtre jésuite, le Père  Eduardo en poste au Salvador, a personnellement connu un certain nombres de chrétiens morts pour leur fidélité à la foi. A la lecture des récits qu'il nous fait, permettre à ces noms d'émerger du silence est pour nous une façon de leur rendre hommage.



Au Salvador, des témoins du Christ

Le Salvador, 7 millions d'habitants, fut le théâtre d'une guerre civile sanglante de 1980 à 1992 entre l'extrême droite et la guérilla marxiste. En 1989, les jésuites de l'Universidad Centroamericana sont massacrés, un événement qui conduit le gouvernement vers un accord en 1992.

Le Père Rutilio Grande, dit Tilo, natif du Salvador, arrive avec son équipe un 24 septembre 1972, jour de fête de la Vierge de las Mercedes, à la paroisse de Aguilares et el Paisnal, zone immense de plantation de cannes à sucre détenue par quelques propriétaires. Le maïs, alimentation des paysans, est cultivé entre les pierres des collines qui servent de limite à la culture de la canne à sucre. Au moment de la récolte, des familles entières de migrants y proposent leur main d'œuvre pour subvenir à leur alimentation et garder un peu d'argent pour le reste de l'année.

A Aguilares, son projet de former des communautés chrétiennes de base prend forme. Des ‘missions' de 15 jours sont organisées en 25 endroits différents. L'Évangile est au point de départ des réunions. Les participants réfléchissent au message évangélique et cherchent comment le mettre en pratique dans leur vie, comment la Parole illumine la réalité. Les communautés élisent leurs ‘Délégués de la Parole' auxquels le P. Tilo donne une formation plus poussée : ils deviennent les leaders de ces groupes.

l'évangile comme point de départ de la réunion

 

 

Très vite ces missions seront perçues comme un danger pour les grands propriétaires. Avant même la mort du P. Tilo, la « prise » d'Aguilares et l'expulsion des prêtres chargés de la paroisse, les paysans commencent à sentir venir les accusations. La situation s'aggrave, posséder une Bible latino-américaine devient suspect : elles doivent être enterrées... mais la semence était déjà en terre.

Le P Tilo sera assassiné par balles le 12 mars 1977.


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Durant ces années de travail paroissial, les paysans d' Aguilares avaient retrouvé leur dignité. Ils s'étaient senti aimés : de Dieu, de leur prêtre et entre eux. Ils étaient pauvres, mais la Parole de Dieu était devenue nourriture. Elle leur avait fait se souvenir qu'ils étaient fils de Dieu, citoyens d'une nation, et capables d'un amour qui va au-delà de la satisfaction des besoins les plus urgents. Au milieu des cannes à sucre, le maïs devint le symbole de la vie qui continuait l'œuvre du P.Tilo dans leur cœur. La mort du P. Rutilio Grande, prit aux entrailles Mgr Romero, l'un de ses amis, et fit naître son engagement pour la population salvadorienne. A partir de cet instant la voix de cet archevêque s'éleva comme celle d'un pasteur pour accompagner ses fidèles sur le chemin de la croix et rendre évidente la force de la résurrection. Il fut assassiné à son tour le 24 mars 1980.

Père Eduardo Valdés, jésuite
Traduit de l'espagnol par l'équipe de L'AP


Pour aller plus loin

L'héritage du Père Tilo : la semence germe des bibles enterrées.

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