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LE JOUR OU ILS BOIRONT ENSEMBLE. Le Père Bernard appartient à la société des missionnaires d'Afrique, les Pères Blancs, et habite au Burundi, petit pays au cœur de l'Afrique des grands lacs, depuis la fin des années 1950. Depuis 10 ans, il se passionne pour la cause des pygmées, appelés Batwas, ethnie très minoritaire et marginalisée dans le pays.


Le jour où ils boiront ensemble.

Les Batwas, troisième ethnie du Burundi avec les Hutus et les Tutsis, sont bien moins connus. Vivant à l'écart, ils sont vraiment les pauvres parmi les pauvres. Il y a dix ans naissait Action Batwas, une ONG reconnue aujourd'hui par le gouvernement. Elle va s'implanter à Gitega, deuxième ville du pays pour la construction de villages, la plantation de bananiers, la formation et la scolarisation des enfants. « Aujourd'hui il doit y avoir 2 ou 3 Batwas à l'université » témoigne P. Bernard passionné par ce peuple depuis 2001. « Les Batwas ne cherchent pas du tout à s'intégrer, poursuit-il, c'est plutôt nous qui les poussons. On leur dit qu'il y a un monde qui avance à côté d'eux, il faut qu'ils y aillent ».

Ils ne cherchent pas du tout à s'intégrer

 

 

Pour ce père missionnaire, l'aventure a commencé quand il était curé dans le nord du pays. « J'avais déjà rencontré des Batwas, notamment leur chef, qui était chrétien. Un jour je lui ai dit : " Tu vas amener les Batwas pour qu'on cause un peu ". Je m'attendais à vingt personnes, ils sont arrivés à 300 ! Certains ont souhaité ensuite devenir catéchumènes. Alors on a fait un groupe spécial Batwas. On a pris la catéchiste la plus en pointe du pays, celle qui écrivait le programme pour les autres. 60 Batwas pendant six mois ont appris avec elle un peu de ce qu'est la vie chrétienne.

 


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Le P. Bernard, dix ans d'amitié pour les Batwas

Ensuite, il y a toujours une cérémonie d'entrée dans la communauté pour ceux qui veulent vraiment devenir catéchumènes : on partage un pot de bière. Mais là, la super catéchiste a refusé de boire avec les Batwas : si son fiancé apprenait ça, il allait la quitter. Les bras m'en sont tombés ! Je me suis dit que si la meilleure des catéchistes du pays refusait de boire de la bière avec des jeunes auxquels elle a parlé pendant 6 mois de la vie chrétienne, on était mal parti !

C'est comme si on allait dans la niche d'un chien

 

 

En fait, les « Barundi » (hommes du Burundi) même les plus évolués sont prisonniers de la coutume et incapables de passer au-dessus de ce réflexe d'exclusion. Le lendemain une sœur, tutsi, a dit qu'elle aurait pu boire avec eux. Mais c'était trop tard. Un interdit très fort fait qu'on ne mange pas avec les Batwas. Encore aujourd'hui, dans certains hôpitaux, si un Batwa a bu dans un verre, il faut le casser. De même, on ne peut pas pénétrer dans la hutte d'un Batwa, c'est pour eux comme si en France, on allait dans la niche d'un chien. Si on apprend qu'une jeune-fille a fait cela, elle ne peut plus trouver de fiancé. C'est comme au temps de Saint Paul, un juif ne serait pas entré chez un païen.

Il y a quelques années, un Batwa qui commettait un vol, de chèvre par exemple, pouvait être frappé jusqu'à la mort. Ça n'avait pas d'importance : ils étaient considérés comme des sous-hommes. Aujourd'hui c'est un peu différent : quand un Batwa est en prison ou qu'il a un problème, on peut m'appeler et je contacte directement l'un des trois députés Batwas chargés de la justice pour voir si tout va bien. Et c'est très efficace pour le salut des Batwas. »

 

 

 

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