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| Témoignage | |||
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Au seuil de sa retraite, Antoine, ingénieur agronome, fait le bilan de ce qu'il a vécu aux Ministères de l'Environnement, de l'Agriculture puis à l'Office des Forêts : une notion de respect de la terre qui en quarante ans a bien évolué. Environnement : ce que j'ai vu changer« Quand j'ai commencé à travailler, on n'était pas vraiment conscient, en fait, que les ressources de notre planète terre étaient limitées. Certes, on sortait du mouvement des années 68, la rébellion contre la consommation, mais en réalité ça n'entrait pas dans nos recherches. La vraie remise en cause a été celle du choc du prix du pétrole, en 1973. Là, c'est devenu concret ! Il y a eu alors des programmes de recherche, sur lesquels j'ai travaillé, concernant des pratiques d'exploitation agricole plus économes en énergie, ou encore sur la valorisation des déchets agricoles.
Par la suite, j'ai rejoint un Parc National. Dans ces années-là, j'ai vécu la confrontation entre une vision de la protection de la nature, je dirais « urbaine » et un peu idéaliste, et les populations locales. Les scientifiques naturalistes essayaient de faire passer leurs idées à des habitants qui tenaient à rester maîtres chez eux. Des deux côtés, on campait sur ses positions. Les écologistes avaient du mal à prendre en compte les activités humaines. Peu à peu, puisque le dialogue était rendu obligatoire au sein des organismes de gestion, on a appris à se connaître. Les scientifiques ont admis qu'il fallait plutôt accompagner l'évolution permanente d'un monde vivant et limiter les agressions trop fortes. Il me semble que nous nous sommes aperçus
Pour l'agriculture aussi les conceptions changent, les paysans ont pris, entre autres, conscience que les pesticides et les engrais coûtent cher et qu'ils polluent. On est en train de voir émerger, avec la prise de conscience également des consommateurs, une autre conception de l'agriculture qui n'existait pas. En ce qui concerne la forêt, dans les vingt dernières années, les méthodes d'exploitation ont bien évolué, elles aussi. Les forestiers ont appris à prendre en compte leurs partenaires, à gérer la forêt, pas seulement pour vendre le bois, mais comme un milieu à protéger.
Disons qu'au terme de ma carrière, je suis plutôt optimiste sur la gestion de l'environnement en France, qui est devenu une préoccupation et un lieu de dialogue et de discussion. Ce qu'elle n'était pas. Il me semble que nous nous sommes aperçus que nous étions aussi créateurs de la création ».
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