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Caritas in veritate : l'encyclique au cœur d'un taudis de Nairobi
Le Pape Benoît XVI commença sa nouvelle encyclique, Caritas in Veritate, par ces mots : À tous les hommes de bonne volonté sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité. Mais que peut apporter Caritas in Veritate à une pauvre femme africaine vivant avec le VIH ? Peut-elle aider le lecteur d'un journal catholique à saisir les paroles du Saint Père ? J'ai pensé à Rosanna, une mère d'une vingtaine d'années, abandonnée, VIHpositive, luttant pour survivre dans un taudis de Nairobi. Six ans plus tard, dit-elle, ma famille ne m'a toujours pas acceptée, ni ma mère, ni mes sœurs, ni mon mari. J'ai perdu des emplois parce que je suis séropositive. Elle a également perdu une petite fille victime du SIDA, mais son fils âgé de 10 ans - conçu avant que Rosanna ne soit infectée - est négatif. Jomo est un garçon brillant, sain, qui aime le dessin et le football. Sa maman aussi tente de préserver sa santé. Je veux voir mon fils grandir. Rosanna ne prend pas d'ARV (médicaments anti-rétro viraux) mais, lorsque la maladie se manifeste et frappe, le bureau Jésuite pour le SIDA - AJAN - que je coordonne, aide à couvrir ses factures d'hôpital. De temps à autre, les programmes catholiques sur le SIDA invitent Rosanna à raconter à des groupes l'histoire de sa difficile existence, expliquant sa séropositivité et encourageant les jeunes à vivre bien et à éviter les erreurs qui conduisent à l'infection. Rosanna est reconnaissante de toute l'aide qu'on lui apporte, mais elle cherche quelque chose de plus. Moi, je suis jeune ; je veux avoir un avenir, même si je n'ai pas terminé l'école primaire ; je veux que mon fils devienne quelqu'un. Incapable d'effectuer des travaux physiquement pénibles, elle a peu de chances de trouver quelqu'un prêt à l'embaucher. Mais récemment elle a eu une idée d'entreprise. Les propriétaires de son taudis refusent de fournir l'eau, indiquant aux modestes locataires de se débrouiller eux-mêmes. Donc, avec l'aide d'AJAN, elle a acheté un réservoir et une pompe, et a établi une entreprise d'eau. Les affaires vont bien, et elle peut rembourser presque 2% par mois. Que peut signifier pour Rosanna Caritas in Veritate ? J'essayais d'imaginer ce que peut signifier Caritas in Veritate pour Rosanna et Jomo mais, par providence, elle est venue au bureau il y a quelques jours. Donc, au lieu de chercher à deviner, je lui en ai donné un résumé en quatre pages et, après une lecture attentive d'une heure, elle a exprimé des idées assez claires et pertinentes pour Jomo et elle-même. Aimer la vie1. Rosanna et Benoît XVI aiment la vie et voient la société de manière assez semblable. Je sais que l'Encyclique est destinée au monde entier, a-t-elle dit, mais lorsque je lis les paroles du Pape, il parle exactement du Kenya, et même de mon taudis. Il dit que le marché ne doit pas devenir ‘l'endroit où le fort écrase le faible', et c'est ça la réalité. Des milliards d'entre nous vivent en voisins dans notre village global (taudis ?), mais avec trop peu de relations fraternelles. Les autorités kenyanes voient les pauvres comme un problème. Si vous n'avez pas d'emploi, ils essayent de vous renvoyer en province. Nos politiciens se sentent pris en charge par l'aide étrangère et profitent simplement des pauvres. En conséquence, l'aide est détournée et mal distribuée; elle crée de la dépendance, génère la corruption, abuse les pauvres et ne résout rien. Sans éthique, nous sommes dans un désordre total. Le Pape pense dans la bonne voie2. Le Pape pense dans la bonne voie, mais beaucoup d'entre nous sont découragés et, franchement, paresseux dit Rosanna. Nous dépendons des petites phrases et des slogans idéologiques, mais l'image locale comme globale semble trop compliquée pour chercher plus loin. De plus en plus résignés à un monde fragmenté, nous avons simplement laissé les autres (‘le marché') décider. Nous dépendons des petites phrases et des slogans idéologiques
En revanche, Benoît XVI semble sans relâche vouloir trouver la voie à suivre. Sans prêcher, mais en nous montrant comment, le Pape nous invite à réfléchir clairement à (nos) sociétés et à (notre) économie. Il nous montre comment clarifier notre réflexion, garder les choses dans leurs lieux propres. Les sciences sociales cherchent les faits et les tendances ; les politiques sociales appliquent les décisions gouvernementales ; mais nous seulement, les gens qui réfléchissons et sommes croyants, nous pouvons peser les avantages et les inconvénients ; nous seulement, nous pouvons opter pour les valeurs fondamentales et travailler pour ce qui est meilleur pour tout le genre humain aux yeux de Dieu. Par exemple, Rosanna est d'accord lorsque Benoît XVI montre que le respect de la vie et la responsabilité sexuelle sont essentiels pour le développement. L'honnêteté et la charité véritable ne sont pas nées d'une volonté sentimentale; elles dépendent d'une image complète de l'être humain qui vient seulement de Dieu. La foi chrétienne se préoccupe du développement sans s'appuyer sur des privilèges ou sur des positions de pouvoir, affirme le Pape, mais uniquement sur le Christ. À quoi Rosanna ajoute : Donc j'exhorte l'Église à nous montrer ce que c'est d'être chrétien. N'est-ce pas aimer son voisin ? Le don, la gratitude, la grâce3. Ne pensez pas que l'Encyclique soit pleine de grands plans sociaux. Le Saint Père réclame partout des solutions pratiques aux problèmes réels. Les solutions doivent être adaptées à la vie des peuples et des personnes concrètes, sur la base d'une évaluation prévoyante de chaque situation. Rosanna est tout aussi pratique, en venant avec l'idée de vendre de l'eau pour améliorer le sort de ses voisins et de sa petite famille. Des solutions adaptées à la vie des peuples
Le cœur de l'Encyclique est le don, la gratitude, la grâce, la gratuité. Don et gratuité sont mentionnés environ trois douzaines de fois. Reconnaître les dons abondants que nous sommes et que nous recevons, doit nous remplir de gratitude ; c'est aussi la vérité fondamentale de notre situation. Ainsi, nous sommes des créatures avant d'être des patrons ou des employés ; chacun a sa personnalité propre, mais est radicalement lié aux autres ; responsable, mais pas tout. Pour que les choses soient meilleures, au lieu de faire ce que nous voulons comme la culture mondiale nous y invite, sans référence à l'humanité et à Dieu, chacun de nous doit donner gracieusement et gratuitement, le meilleur de lui-même : esprit, cœur, biens, temps. Pour Rosanna, pardonner à ses proches, vivre pour Jomo et son avenir, enseigner à des jeunes à être responsables face au SIDA, entraîner un petit groupe de soutien pour les femmes séropositives, vendre de l'eau à ses voisins - tout cela a contribué énormément à la préparer à lire et à assimiler profondément Caritas in Veritate. Certainement, le meilleur qu'elle et moi puissions vous offrir, est de vous encourager à lire et à prendre en considération Caritas in Veritate, et à prier attentivement sur chaque phrase.
Le message est dans le titre, RÉFLÉCHISSEZ ! AIMEZ ! Nous devons faire les deux si, comme Rosanna, Jomo et moi-même, vous voulez un développement humain authentique. Pour lire Caritas in Veritate sur le site du Vatican cliquez ici : Michael Czerny , sj
AJAN Promotion Justitae n° 103 - mars 2009
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