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A notre porte

  
ITER, une expérience d'itinérance apostolique

Après une quinzaine de kilomètres à pied et en stop, nos sacs sur le dos, nous arrivons à Arzon. Il nous a été dit qu'il y avait dans ce village une personne qui désirait nous rencontrer. Elle-même est chrétienne et a invité quelques voisins et amis qui sont chrétiens, en recherche spirituelle ou autrement croyant. Autour de la table, entre le pain et la quiche, nous passons une soirée à échanger sur nos vies. Claire, attentive à chacun, sait donner la parole et, avec délicatesse, inviter à aller plus loin. Peu à peu, les uns et les autres se livrent, racontant leurs histoire, leurs joies et épreuves. Plusieurs sont des voisins qui se côtoient depuis des années. Pourtant ils semblent surpris : « c'est la première fois que je l'entends parler de ça, je ne savais pas. En fait, on ne se connaît pas ». Lorsque la soirée est finie les regards ont changé, des amitiés se sont tissés, quelque chose d'heureux, difficile à nommer, à transformé nos relations. La joie sur les visages n'est pas due au vin, c'est une joie nouvelle qui vient de plus loin. Que s'est-il passé ? Deux étrangers ont frappé à la porte et ont rendu possible cette rencontre. Claire, en témoin de l'Evangile, a permis à chacun de trouver sa place dans la petite communauté. Il en est peut-être ainsi : lorsque quelqu'un parle vrai, se rend vulnérable au regard des autres, il autorise une parole nouvelle. Comme le dit la rumeur : « Ils s'intéressent à ce que nous vivons »


Pendant cinq ans, plusieurs mois par an pour certains, religieux et religieuses de congrégations différentes nous sommes partis en itinérance apostolique au service de plusieurs diocèses : Grenoble, Bordeaux, Poitiers, Limoges-Creuse.

En itinérance nous avons découvert la diversité de l'Eglise. Partout le paysage ecclésial se restructure, on regroupe les paroisses en « ensembles paroissiaux » ou en « paroisses nouvelles », l'Eglise essayant de créer des dynamiques plus larges, sur le « secteur », sur la « zone ». Ces « remodelages paroissiaux » ne sont pas toujours accompagnés d'une dynamique locale de proximité et la logique de concentration des forces a tendance, en monde rural, à contribuer à la disparation du tissu ecclésial. D'autres diocèses, pour éviter cela, cherchent à favoriser la constitution de petites « fraternités locales ». Beaucoup de choses se cherchent. Dans le changement culturel que nous vivons aujourd'hui, quelque chose de nouveau est en train de « naître » : nous ne le voyons pas toujours car trop souvent encore nous pensons l'Eglise d'aujourd'hui avec les schémas du passé. Pourtant l'Esprit est à l'œuvre en ces jours... comme dans les commencements de l'Eglise sur les routes de Galilée.

Dans ce contexte de mutation culturelle sont apparues en France, ses dernières années, diverses formes d'itinérance. Certaines relèvent davantage des « missions » d'autrefois ou d'une « pastorale itinérante », d'autres sont plus proches de l'itinérance apostolique. De 2002 à 2008 une équipe d'itinérance apostolique (appelée ITER, du latin «la marche », « le chemin »), regroupant une quinzaine de religieux et de religieuses de la famille franciscaine, dominicaine, et ignatienne, s'est mise au service des diocèses. Cette itinérance « à la manière des Apôtres » étant profondément liée à la communauté chrétienne, s'est toujours faite en lien avec les évêques des diocèses concernés, les prêtres et les équipes d'animation paroissiale.

Dans le cadre de cette itinérance nous sommes allés à la rencontre des gens mais aussi au service des communautés chrétiennes, en animant des « propositions » demandées par les équipes d'animation paroissiale. La plupart des soirs, pendant que nos frères franciscains allaient à la rencontre des « gens des maisons », nous allions à la rencontre de la communauté chrétienne locale : parcours bibliques, approfondissement de la foi, relecture des engagements pastoraux, accompagnement spirituel, etc.

Il est important de souligner que ce service auprès des communautés n'est possible que parce que des prêtres et des Equipes d'animation pastorale animent au long de l'année ces communautés chrétiennes. C'est aussi cette complémentarité, entre « les gens des routes » et les « gens des maisons », qui dispose, il nous semble, à l'expérience de la Bonne Nouvelle.


Frédéric Fornos et Xavier Nucci - jésuites
Extraits de l'article « L'itinérance apostolique » - Cahiers de l'Atelier, n°515 - octobre-décembre 2007

 

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