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A notre porte

 

IMAGES INTERNET ET DEPENDANCE « Mon mari est marié avec son ordinateur... », « Mon fils a décroché de l'école, il passe tout son temps devant son clavier ». On commence à oser parler d'addiction pour ces comportements face à Internet. Un concept à manier toutefois avec prudence, entre méfiance et banalisation.



Images internet et dépendance

L'Internet peut-il rendre dépendant ? Dans une telle approche, des écueils sont à éviter. Celui de la méfiance à priori ou de la peur, souvent présente chez ceux qui connaissent peu l'Internet mais voient que des personnes s'y laissent prendre. A l'opposé, celui de la banalisation en ne cherchant pas à voir comment Internet a modifié notre rapport aux images et ses enjeux.

Des images par milliers, génératrices de nouveaux rapports au réel ?

Pas d'Internet sans images et vidéos. Présenter un visuel attrayant est un incontournable pour qu'un site soit visité. Les sites de partage comme Facebook donnent accès à des océans d'images dont il est impossible d'imaginer les limites. La nouveauté tient ici à leur nombre incalculable et à la facilité avec laquelle chacun peut diffuser ses propres images et télécharger celles qu'il trouve sur le réseau.

L'image : un espace ludique pour transformer le réel

 

 

Objet d'échanges sur l'Internet, l'image se présente également comme espace ludique pour transformer le réel, l'embellir ou le modifier au gré de ses envies. Dans ce jeu de création, un autre rapport au corps voit le jour : l'importance est donnée au visible, à ce que chacun cherche à donner comme image de soi pour se montrer et se cacher à la fois. Cette ambiguïté du rapport entre le visible de l'image et le réel n'est pas nouvelle, mais l'omniprésence des images demande plus que jamais de ne pas oublier que toute représentation procède d'une intention et ne peut être prise comme le seul reflet de la réalité.

Des outils pour créer et échanger

Sur Internet, les images, toujours accessibles et toujours changeantes, consultables à partir de n'importe quel lieu, quel que soit le moment, créent un flux ininterrompu. Au centre de tous ces échanges, chaque internaute est à la fois seul devant ses écrans où des milliers d'images s'invitent et relié par elles à ses correspondants lointains.

Des comportements à interroger

La quantité d'images disponibles sur les réseaux et leur flux incessant peut contribuer à enfermer dans des comportements de dépendance s'ils prennent la forme d'une recherche de stimulations sans cesse renouvelées, sans notion de durée et sans laisser le temps d'une réelle appropriation. Si l'internaute module l'écran de son ordinateur au gré de ses navigations et de ses désirs, cet espace virtuel devient une part de son propre réel et le marque en profondeur.

Interroger les comportements de l'internaute avec son environnement

 

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Face aux images de l'Internet et aux risques d'addiction, plusieurs points doivent être objet de vigilance et donner l'alerte lorsque l'équilibre est menacé :
- on peut évoquer le temps consacré à la navigation et la nature des sites visités,
- la façon d'y glaner au hasard des informations ou de passer de site en site sans savoir quoi chercher.

Mais Internet n'est pas le seul domaine à interroger. Il convient aussi d'être attentif aux modifications des rapports de l'internaute avec son environnement réel, au maintien des relations avec les personnes de son entourage et ses groupes d'appartenance, à la place donnée au corps dans des activités physiques ou sportives... Face aux risques d'addiction, on n'aide pas en se focalisant sur le symptôme mais en repérant en amont les manques générateurs de ces comportements et en leur opposant d'autres gratifications plus satisfaisantes.

Paul, Equipe AP

Echos des diocèses

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Pour aller plus loin

Celui qui désire « ouvrir la porte de soi-même » doit consentir à la lente traversée de ce texte dense et difficile d'accès dans un premier temps. C'est pourquoi, pour être fidèles à l'auteur, à la colère du prophète qui dénonce la « civilisation de "l'idiot-visuel" » nous laissons la mise en page telle qu'elle apparaît dans son livre. A chacun de voir s'il trouve cette parole excessive ou lumineuse.

Il conviendrait « de jeter à la voirie, dans une insurrection sauvage de bon sens, et pour un demi-siècle au moins de jeûne sans exception, les téléviseurs et tous leurs séides plus récents [ordinateurs, iPod, etc.]. L'effarante quantité de fadaises et de violences que nos contemporains avalent nuit et jour par leur « télévoyeurs » est à n'en pas douter le pire des dégâts écologiques, car elle abêtit et détraque les consciences dans ce qu'elles ont de plus vulnérable et, partant, de plus vénérable aussi. Légitimité par la seule boulimie de Mammon qui l'organise et l'entretient, ce génocide invisible et insaisissable, jamais traduit en justice, est au principe de toutes les aberrations qui s'observent dans l'ordre des relations humaines les plus fondamentales, dès là que l'imitation de ce qui est proposé en spectacle est un réflexe si puissant qu'il parvient à défaire insensiblement, et jusqu'à leur insu, les êtres raisonnables. Tandis qu'elle s'impose à ses usagers sans discernement comme l'infaillible substitut du long et rigoureux travail de la démonstration rationnelle, tandis qu'elle assène ses produits finis sur l'imagination hébétée jusqu'à l'inertie, la montre médiatique de tout ce qui se fait et dit au monde produit des monstres et représente elle-même une monstruosité culturelle sans seconde. L'on nous promet en tout et sur tout la transparence, l'on nous garantit l'authenticité, l'on excite en nous, comme un caprice d'enfants gâtés, la revendication du droit à l'immédiateté perpétuelle, et c'est dans la révolution prométhéenne de l'accès au savoir - à une vérité spoliée de tout mystère - que réside aujourd'hui, sans doute, le mal le plus insidieux. Les médias étranglent les médiations et rendent inconcevable aux esprits la patiente acceptation de leur essentielle obscurité. Or depuis que l'homme est homme et aussi longtemps qu'il le sera encore, c'est par des médiations - et des médiations obscures - qu'il accède à la lumière. Aussi persévérerons-nous à déclarer l'obscurité bienheureuse et répondrons-nous aux pourvoyeurs industriels et intellectuels du voyeurisme, autrement dit à ceux qui ont le pouvoir de faire le mal et à ceux qui savent le mal qu'ils font, qu'il est de notre dignité d'être des êtres de pénombre ».

François Cassingena-Trévedy
Moine de Ligugé

Etincelles III 2006-2009
Edition Ad Solem 2010

 

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