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HUTUS ET TUTSIS : SE RECONCILIER EN FRANCE. Simon a fui le Rwanda en 1998 à la suite de la vague de haine qui fit se massacrer entre elles, deux ethnies de son pays. Chrétien dont la foi, parfois fragile, a été revigorée par l'électrochoc du génocide rwandais de 1994, il est le témoin de l'effort et du chemin de réconciliation que prennent aujourd'hui ses compatriotes au sein de leur petite communauté catholique. Hutus et Tutsis : se réconcilier en FranceQuand les hommes et les femmes du Rwanda fuient leur pays pour la France en 1994, ils apportent avec eux leur histoire et leurs blessures même si en France, les deux ethnies sont accueillies comme venant du même pays. C'est donc maintenant dans leur pays d'accueil qu'ils doivent eux aussi accomplir un travail de réconciliation. Simon, marié, père de famille, fait partie d'un noyau de quatre personnes qui animent la communauté catholique de leurs compatriotes dans cette recherche. Un itinéraire qui demande de la patience et de l'espérance. Car si, au tout début, les réfugiés vivent un élan de solidarité les uns envers les autres, très vite les oppositions entre ethnies ressurgissent. Même au sein d'un même groupe, des divergences d'opinion au sujet du génocide se manifestent avec vigueur : ceux qui le nient, ceux qui insistent pour que justice soit faite et que les coupables de génocide et de massacres répondent de leurs crimes, quelle que soit leur appartenance ethnique ou politique et quelle que soit leur stature politique passée ou présente. Même à des milliers de kilomètres de l'Afrique, les tensions subsistent dans les cœurs et comment pourrait-il en être autrement quand le traumatisme fut si violent ? Même à des milliers de kilomètres de l'Afrique,
Alors la communauté chrétienne cherche des solutions. Pour se rassembler, d'abord proposer un temps convivial. La communauté rwandaise partage un repas deux fois par an pour Noël et à la date de la fête nationale du Rwanda, et peu à peu, on parvient à échanger sur le délicat sujet du génocide, simplement, en toute franchise. Depuis 2007, elle vit un temps de partage de la Parole et d'action de grâce autour d'un texte de la Bible pour les fêtes de fin d'année. « La Parole permet une certaine concentration et la libération de notre parole à nous, autour de ce texte qui vient de si loin » relate Simon. « Elle permet de nous fédérer et d'élever le débat autour d'une parole qui nous transcende ». Avec le temps, une première convergence d'opinion se fait : oui, il y a eu génocide ; oui, il faut pardonner et rebâtir. Or toute réconciliation suppose justice et vérité. Une véritable justice ne peut être seulement celle du vainqueur, elle doit engager un véritable processus de recherche de la vérité. « Nous nous sommes dit : il faut que chacun se retrouve avec sa conscience, se positionne par rapport au génocide. Cela peut amener à oser témoigner, à charge ou à décharge, si on est sollicité. Mais vraiment, cela demande un vrai courage ». « Témoigner à charge ou à décharge demande un vrai courage »
Autre temps de rassemblement depuis 2005 : une messe pour toutes les victimes du génocide : hutu, tutsi, twa, burundaises, congolaises, françaises, belges, espagnoles ... autour d'une plaque commémorative érigée dans le cimetière de la paroisse proche de leur premier centre d'accueil. Le curé dès leur arrivée, a tissé des liens avec les Rwandais et aujourd'hui encore des paroissiens s'associent à cette messe de commémoration. « Nous cherchons à associer des Congolais, des Burundais, des Français, des Belges et des Espagnols dont des compatriotes ont été tués avant, pendant et après la tragédie de 1994. L'objectif profond de toute cette démarche est de nous interroger : sommes-nous chrétiens ou pas ? et si oui, comment cela se traduit-il dans ma vie en termes de pardon, de réconciliation avec moi-même, avec Dieu et avec l'autre- victime ou bourreau- en me référant à l'Evangile? ». Des questions qui s'élaborent doucement au fil des années et des rencontres.
Mariette, Equipe AP
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