Accueil Chemins spirituels du mois Une expérience chrétienne millénaire Où est Dieu lors des catastrophes naturelles ?
Une expérience chrétienne millénaire


« Où est DIEU lors des catastrophes naturelles ?»


Nombre d'intellectuels haïtiens ont demandé, depuis le tremblement de terre, que l'on cesse d'utiliser le terme de « malédiction » à propos de leur pays. Sous entendu sans doute : une malédiction qui viendrait de Dieu pour punir quelque faute supposée des habitants. Ils ont raison. Dans l'Evangile, Jésus « déculpabilise » les victimes de l'accident de la Tour de Siloé, tout en invitant ses auditeurs à la conversion : « Ces 18 personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé, et qu'elle a tuées, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière » - Evangile selon St Luc chapitre 13, 4.

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A l'opposé, on aurait tendance à penser en termes de fatalité naturelle, les catastrophes qui frappent telle personne, tel groupe humain, tel pays : derrière une calamité se cacherait une forme de déterminisme cosmique, de destin contre lequel on ne peut rien faire. Ce peut être rassurant et « déculpabilisant », mais Jésus, quant à lui, n'invite jamais au fatalisme, qu'il s'agisse de catastrophe dite « naturelle » ou des malheurs dont l'homme est l' instrument. Il invite plutôt à la conversion. Ainsi encore à propos des galiléens tués par Pilate : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres galiléens pour avoir subi un tel sort ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » - Evangile selon St Luc chapitre 13, 2-3.

Parlant un jour de « ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme », il affirme encore qu'aucun des plus petits événements qui affectent le cours de nos existences et de nos histoires n'échappe à sa volonté. Mais il ne nous dit pas cela pour que nous ayons peur d'un Dieu « omnipotent », vengeur et « inexorable », ni pour que nous nous résignons à la fatalité d'un destin aveugle auquel nous ne pourrions rien, mais au contraire pour que nous fassions entière confiance à Celui que nous pouvons appeler Père : « Est-ce qu'on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Pourtant, pas un d'entre eux ne tombe à terre indépendamment de votre Père. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez mieux, vous, que tous les moineaux. » - Evangile selon St Matthieu chapitre 10, 29-31. Et même ce péché de l'humanité qu'on appelle « originel », celui qui selon le dogme de l'Eglise nous rend aveugles collectivement et personnellement depuis la nuit des temps, n'est pas une fatalité selon l'Evangile de saint Jean. C'est ce que signifie Jésus en rendant l'aveugle-né à la lumière : « Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : Ni lui ni ses parents, mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui » - Evangile selon St Jean chapitre 9, 2-3. Au fond, la seule chose à craindre est de ne pas croire en la Bonté infinie de Dieu, de l'accuser du mal qui affecte l'humanité.

Bernard Mendiboure, jésuite
Centre spirituel Les Coteaux-Païs

Miettes spirituelles

1. Père du désert (IVème-VII s). « Un ancien a dit : ‘Nous voyons la Croix de Jésus et nous lisons (chaque jour) le récit de ses souffrances, et nous ne supportons pas une seule injure !' »

2. Origène (185 env. - 253) : « Ne sais-tu pas que (le Père lui-même, le Dieu de l'univers) en gouver-nant les hommes, il ne manque pas de compatir à leur souffrances ? Comme dit le Deutéronome : ‘Dans le désert tu as vu le Seigneur ton Dieu te porter comme un homme porte son enfant' (Dt 1,31). De même que le Fils de l'homme ‘a porté nos souffrances', Dieu nous porte » - Homélie sur Ezéchiel, VI, 6. PG13,714

3. Saint Jean Chrysostome (344-347 env. - 407) « Car ce n'est pas sans raison que Paul dit: " Les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous" (Rm 8,18); c'est pour nous faire voir que la gloire les surpasse, non-seulement en qualité, mais aussi en quantité. En effet nos souffrances, quelles qu'elles puissent être, se terminent avec la vie pré-sente ; mais les biens futurs s'étendent aux siècles infinis ».

Au coeur de ma vie

Je peux relire ma vie pour y repérer, dans la confiance en Celui qui m'aime et que Jésus me révèle comme un Père, mes lieux de souffrance. Ensuite, éclairé par la méditation des différents PAS proposés, je pour-rai les confier à Celui qui a vaincu le mal et la mort, Jésus-Christ.

Pas à pas, à votre rythme

Pour aller au coeur de la foi avec le défi de ce mois-ci nous vous proposons un itinéraire. Prenez le temps d'écouter, de voir, de goûter. Ne vous précipitez pas au pas suivant, attendez quelques jours comme un cadeau à recevoir.

"Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme, mais de sentir et de
goûter les  choses intérieurement" Exercices Spirituels (*).

 

 

1er pas 

1er PAS - Pourquoi DIEU permet-t-il la souffrance ?

« Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant mes yeux t'ont vu. Aussi j'ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre. » - Livre de Job chapitre 42, 5-6.


Mais, alors, serons-nous tentés de penser, si Dieu est si Bon, (infiniment Bon), pourquoi permet-t-il tant de souffrances de l'humanité ? Car on ne saurait en minimiser la réalité, encore moins la nier, que ses causes soient dites « naturelles » ou « humaines ». Nous entrons ici dans le domaine d'une énigme qu'on ne peut résoudre de façon intellectuelle. Ni même en en cherchant une explication du côté d'une soi-disant théologie du péché. C'était la solution que les amis de Job avaient trouvée pour le consoler du mal mystérieux dont il était frappé. Mais Job souffrant ne l'a pas entendu de cette oreille. Pour « comprendre » ce qui lui arrivait, il n'a eu de cesse que Dieu lui parle en Personne. Et Dieu en Personne a exaucé son désir, lui parlant « à la fin », le dernier, après ses amis, lui donnant raison d'avoir refusé jusqu'au bout les explications trop faciles de ses trop « sages » amis. Sa grâce a été de soutenir jusqu'au bout son interrogation. Son Créateur et Rédempteur a fini par lui parler et il nous parle encore aujourd'hui si nous lisons bien le livre de Job.

Un Dieu qui ne justifie pas la souffrance dont il a pourtant permis que Job soit éprouvé (Livre de Job chapitre 2, 1-6). Un Dieu qui ne cherche pas à expliquer à son « patient » le Mystère de son mal, lui faisant simplement faire un petit tour des étonnantes merveilles de sa Création, comme un père qui voudrait distraire le chagrin de son enfant en le prenant par la main et en l'accompagnant en une promenade au jardin zoologique ou « des Plantes ». (Livre de Job chapitres 38-41). C'est au Mystère du « dessein bienveillant de Dieu » (Lettre de St Paul aux Ephésiens chapitre 1, 9) que nous croyons, un Mystère qui nous dépasse. Job n'a pas été apaisé par ses amis, mais par la Parole de Dieu, une Parole vraie, ni culpabilisante, ni accusatrice, libératrice, salvatrice dans le secret de son cœur. Les pleurs d'incompréhension de Job cessent soudain : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant mes yeux t'ont vu. Aussi j'ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre. » (Livre de Job chapitre 42, 5-6).

Lire le livre de JOBAELF


 

Photo : Job

2ème pas

2ème PAS - « La souffrance de Dieu »

« Ils se saisirent donc de Jésus. Portant lui-même sa croix, Jésus sortit et gagna le lieu dit du Crâne, qu'en hébreu on nomme Golgotha. C'est là qu'ils le crucifièrent ainsi que deux autres, un de chaque côté et, au milieu, Jésus. (...) Arrivés à Jésus (les soldats) constatèrent qu'il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. Mais un des soldats, d'un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. » - Evangile selon saint Jean chapitre 19, 16b-18 ; 33-34

 

Chrétiens, nous croyons que le Dieu de Job ne dira son dernier mot qu'en son fils Jésus sur la croix. Avec Lui, il prend sur Lui le péché du monde et le mal qui va avec, celui en particulier du scandale de la souffrance de l'innocent. « Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé » ( Evangile selon St Jean chapitre 19, 37). Notre Dieu n'est pas le dieu pervers qui se réjouirait de la souffrance de ses enfants. Il y a un Mystère de la souffrance de Dieu, de sa Compassion. A la croix, le Fils souffre en solitude (« Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ? » Psaume 21, 2) ; le Père en communion avec son Fils, qui en un dernier souffle nous livre l'Esprit (Evangile selon St Jean chapitre 19, 30) (François Varillon, La souffrance de Dieu).

La réponse ultime du Père au cri de son Fils en croix, après le silence du Samedi Saint, a lieu au dimanche de la Résurrection de Jésus, qui préfigure la nôtre.

 

 

Je peux contempler Jésus, dans les évangiles, au moment de sa passion et de sa mort sur la croix, en ayant conscience qu'il est le visage de Celui qui est à la source de la vie, qu'il est Dieu lui-même. Comment cela éclaire-t-il ma propre vie ?

 

 

 

3ème pas

3ème PAS - Retrouver foi en la puissance de la prière

En attendant, devons-nous rester les bras croisés aux prises avec le mystère de la souffrance, celle de nos frères ou la nôtre ?

Peut-être devrions-nous d'abord (re) trouver foi en la puissance de la prière : tout un pan de la Révélation du Premier et du Nouveau Testament nous invite à prier (et même à jeûner) pour que le Dieu miséricordieux atténue, abrège ou supprime les maux qui frappent l'homme. Car il en est capable. Comme si Dieu « regrettait » le mal qui pourrait faire désespérer l'homme de son Dieu. Ainsi, à la prière de Moïse, le Seigneur renonce au mal qu'il avait dit vouloir faire à son Peuple (après le « veau d'or », Livre de l'Exode chapitre 32, 14). Voyant la « pénitence » des habitants de Ninive, il renonce à la destruction de la ville, au grand étonnement du prophète Jonas (Livre de Jonas chapitre 3, 10). Et après le repentir de David, qui ne l'empêchera pas cependant de pleurer la mort de son premier fils, Dieu lui donne d'avoir avec Bethsabée un nouveau fils, Salomon, que Dieu aima (2ème livre de Samuel chapitre 12, 22-25). La vie recommence à neuf.

Après l'étonnant épisode du figuier maudit et desséché, Jésus révèle à ses disciples la force d'une prière faite avec foi : « C'est pourquoi je vous le déclare : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez reçu et cela vous sera accordé» (Evangile selon St Marc chapitre 11, 24). Ce n'est pas la méthode Couet. - Voir PRIER EST-CE EFFICACE

Loin de nous, la tentation d'utiliser la prière de façon magique. Quand elle est vécue dans la foi, elle nous invite au contraire à user de la liberté qui est à notre portée pour lutter (avec Dieu) contre la fatalité de la misère, de la maladie, de l'injustice et même de la mort. Pour réduire même au maximum les effets des désordres de la nature, au temps des tsunami, tremblements de terre et autres effets de serre. Surtout pour aider ceux qui en sont les victimes.

Et même, lorsque le malheur de l'homme vient de l'homme, comme à Auschwitz, nous pouvons essayer avec Etty Hillesum de dire « sa prière du dimanche matin » : « Je vais t'aider, mon Dieu à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne peux rien garantir d'avance. Une chose cependant m'apparaît de plus en plus claire : ce n'est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t'aider - et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes » ... Avec ta grâce...


« Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie ? Il leur dit : 'C'est un ennemi qui a fait cela » (Evangile selon St Matthieu chapitre 13, 27).

En attendant le jour bienheureux de la moisson où sera séparé le bon grain de l'ivraie, nous pouvons dès maintenant demander au Seigneur la grâce « d'aimer davantage », c'est-à-dire de le chercher et de le trouver dans le visage de nos frères les plus souffrants : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; nu et vous m'avez vêtu ; malade et vous m'avez visité ; en prison et vous êtes venus à moi » (Evangile selon St Matthieu chapitre 25, 35-36)

Bernard Mendiboure

(*) Exercices Spirituels, 2ème annotation - Saint Ignace de Loyola



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