Une expérience chrétienne millénaire


Quelle espérance ?


L'homme occidental est hanté par la fin du monde.
Il n'y a qu'à voir tous les films qui traitent ce sujet et qui révèlent les peurs face au progrès scientifique, la robotique (Terminator 1984, Matrix), la course à l'armement atomique (La planète des singes), les pandémies planétaires (Les Fils de l'homme), les météorites (Armageddon, « 2012 ») ou bien les extraterrestres (World Invasion), etc. Ajoutons les catastrophes écologiques, qui avec le réchauffement climatique, apparaissent plus crédibles (Le jour d'après). La fin du monde étant presque toujours évoquée comme quasi-anéantissement de l'espèce humaine.

Dans les évangiles synoptiques, Jésus-Christ annonce à partir d'images apocalyptiques ce qui doit arriver avant la venue définitive du « Fils de l'homme ». Ce genre littéraire cherche à travers des visions et des représentations fantastiques de fin du monde à exprimer la rencontre dernière, « définitive », de l'humanité avec DIEU. Jésus annonce une longue phase de troubles sociaux et religieux au sein de l'humanité, faux prophètes et faux messies, tribulations, épreuves et cataclysmes cosmiques. Cette description apocalyptique débouche sur la manifestation glorieuse du « Fils de l'homme ». Bien sûr il faut bien se garder d'une interprétation hâtive des signes de notre temps. En fait, ces textes nous ne pouvons les comprendre qu'à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ. L'Eglise de la fin des temps revivra ce qu'à vécu Jésus dans les jours de sa vie terrestre : souffrance, passion et mort, mais pour la résurrection.

Des lectures fondamentalistes font des supputations chronologiques, en particulier lors du changement de millénaire.

Jésus a dit : « Vous ne savez ni le jour ni l'heure » (Evangile selon Matthieu 25,13).

Ce n'est donc pas la peur qui doit nous entraîner. En Jésus-Christ se révèle une espérance inimaginable pour beaucoup, mais certaine. Pourquoi ?  Parce que cet homme de Nazareth, prophète et sage pour les uns, « l'envoyé » attendu depuis des siècles pour les autres, exécuté par les romains, est « ressuscité », vivant à jamais ! Et ce n'est pas seulement la Bible qui le dit, mais des milliers d'hommes et de femmes qui tout au long de l'histoire jusqu'à nos jours sont devenus ses témoins.

Miettes spirituelles

1. Saint Paul (9 env. -67) : « Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance » (1er Lettre aux chrétiens de Thessalonique, chap. 4, v. 13)
2. Saint Jean Climaque (580 env. - 650) « La force de la charité est l'espérance : grâce à elle, nous attendons la récompense de la charité... L'espérance est la porte de la charité... L'absence d'espérance anéantit la charité ; c'est à elle que sont liés nos efforts, c'est par elle que sont soutenus nos labeurs, et c'est grâce à elle que nous sommes entourés par la miséricorde de Dieu » (L'Echelle 30, 16; 1157).

3. Benoît XVI (1927- ) « Le ciel n'est pas vide. La vie n'est pas un simple produit des lois et des causalités de la matière, mais en tout et en même temps, au dessus de tout, il y a une volonté personnelle, il y a un Esprit qui, en Jésus, s'est révélé comme Amour » (Spe salvi - Lettre encyclique sur l'espérance chrétienne)

Au coeur de ma vie

Je peux regarder mes inquiétudes et mes peurs, mes découragements et désespérances, sans jugement de ma part, juste pour les repérer. Ensuite, éclairé par la méditation des différents "PAS" proposés, je pourrai les confier à Celui qui a vaincu le mal et la mort, Jésus-Christ.

Frédéric, jésuite

Pas à pas, à votre rythme

Pour aller au coeur de la foi avec le défi de ce mois-ci nous vous proposons un itinéraire. Prenez le temps d'écouter, de voir, de goûter. Ne vous précipitez pas au pas suivant, attendez quelques jours comme un cadeau à recevoir.

"Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme, mais de sentir et de
goûter les  choses intérieurement" Exercices Spirituels (*).

 

 

1er pas 

1er PAS - Quelle est notre espérance ?


« Gloire à celui qui a le pouvoir de réaliser en nous par sa puissance infiniment plus que nous ne pouvons demander ou même imaginer, gloire à lui dans l'Eglise et dans le Christ Jésus pour toutes les générations dans les siècles des siècles. Amen »
- Lettre de Paul aux Ephésiens, chap. 3,20-21

 

Que désirons-nous ? Le bonheur ? Qu'est-ce que cela signifie ?

Lorsque nous sommes jeunes nous pouvons espérer vivre un grand amour qui nous comble ; ce peut être aussi une certaine position professionnelle ou un succès déterminant pour notre vie, dit le Pape. Mais au fond que désirons-nous ? « Nous désirons en quelque sorte la vie elle-même, la vraie vie, qui n'est pas touchée par la mort ; mais en même temps, nous ne connaissons pas ce vers quoi nous nous sentons poussés. Nous ne pouvons pas nous arrêter de nous diriger vers cela et cependant nous savons que tout ce dont nous pouvons faire l'expérience ou que nous pouvons réaliser n'est pas ce à quoi nous aspirons » (n°12) En effet, le bonheur nous ne pouvons l'atteindre par nos propres forces. Cependant, en nous(,) il y a une espérance qui nous pousse plus loin.

Je peux prendre le temps de m'arrêter quelques minutes pour essayer de reconnaître dans mon cœur ce qui me pousse en avant, ce que je cherche et désire. Qu'est-ce qui est pour moi le plus important ? Quelle est mon aspiration profonde ?

 

A partir de l'Encyclique de Benoît XVI sur l'espérance chrétienne (1)

 


2ème pas

2ème PAS - Celui qui était mort est vivant à jamais


Jésus, avant sa mort, dit à ses disciples : « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie personne ne vous l'enlèvera » - Evangile selon saint Jean, chap. 16,14

Nous désirons aimer et être aimés, mais cet amour est fragile. Il peut être détruit par tant de choses, par tant d'épreuves, par la mort même. Pourtant lorsque nous disons « je t'aime », tout au fond de nous, nous espérons que cet amour demeure à jamais. En nous, une « espérance » inconnue nous y pousse.

Quelle est cette espérance qui résiste malgré toutes les désillusions ? En Jésus-Christ elle s'est révélée. Celui qui a créé le ciel et la terre, l'univers visible et invisible, des plus lointaines galaxies aux particules élémentaires, Celui qui est la source de la vie et de l'amour, nous aime. Il aime chacun à tel point qu'il s'est donné Lui-même pour nous révéler son Amour et nous communiquer sa vie.


Qu'est-ce qui nous permet d'avoir cette certitude ? La Résurrection de Jésus-Christ. Aucun homme n'est jamais revenu de la mort. Ses disciples l'ont pourtant rencontré (2). Ils ont rencontré « non pas un cadavre réanimé, mais quelqu'un qui, par l'œuvre de Dieu, vivait de manière nouvelle et pour toujours ; et qu'en même temps, en tant que tel, tout en n'appartenant plus à ce monde, il fût présent de manière réelle, vraiment lui, dans la plénitude de son identité » - Jésus de Nazareth, tome 2, Benoît XVI.

La résurrection de Jésus c'est la victoire de la vie sur la mort et le mal.

Image 2 - La Résurrection par Mathias Grünewald

3ème pas

3ème PAS - La victoire sur la mort et le mal

« Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur » - Lettre de saint Paul aux romains, chap. 8 v. 38-39

La résurrection de Jésus-Christ confirme que « la voie de l'amour, suivie inconditionnellement par Jésus jusqu'au don de sa vie, n'est pas une voie sans issue, une sorte de cul-de-sac qui ne déboucherait sur rien » (3), mais que sa manière de vivre comme humain est chemin, vérité, et vie. Sa Résurrection est promesse de la nôtre, dès aujourd'hui, et inaugure un monde nouveau.

Beaucoup en ont été les témoins depuis les commencements, en passant par tous ceux qui ont été reconnus saints, jusqu'à aujourd'hui. La victoire de Jésus-Christ sur le mal et la mort est certaine même s'il faut encore un peu de temps pour qu'elle se révèle en plénitude.

 

C'est ainsi que Cullmann, théologien et exégète luthérien, utilise une image parlante prise à la deuxième guerre mondiale : Avec le débarquement en Normandie, le jour J, on pouvait considérer la guerre comme gagnée, même si elle allait continuer encore pas mal de mois, à travers de nombreuses souffrances. Ce n'est qu'au jour V, celui de la Victoire finale, qu'on pourrait entrer dans une ère de paix et bonheur. Le jour J c'est la Résurrection de Jésus-Christ. La victoire sur la mort et le mal n'est plus qu'une question de temps, voilà notre espérance.

 


(*) Exercices Spirituels, 2ème annotation - Saint Ignace de Loyola

 

(1) Encyclique de Benoît XVI sur l'espérance chrétienne, « Spe Salvi », Pierre Téqui éditeur.

(2) L'Apôtre Pierre dira aux Israélites de Jérusalem : « Le Prince de la vie que vous aviez fait mourir, Dieu l'a ressuscité des mort - nous en sommes les témoins » (Livre des Actes, chap. 3, v. 15). Et Paul précisera aux chrétiens de Corinthe, qu'il « est apparu à plus de cinq cents frères à la fois ; la plupart sont encore vivants » - dit autrement, vous pouvez le vérifier par vous-mêmes en les rencontrant (1Co 15,6).

(3) « Croire » - Benard Sesboüé, Ed Droguet et Ardant, p. 323


 

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