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Une expérience chrétienne millénaire


La famille, chemin de vie dans le monde d'aujourd'hui

A notre époque, la famille semble souvent bien fragilisée, notamment par le nombre de divorces qui atteint en France 44% des mariages en 2010. Pourtant, quand on demande aux Français ce qui les rend heureux dans l'existence, ils disent à 52% la famille unie, à 48% les enfants, et juste après une bonne santé à 47% (sondage Ipsos, 2004). L'Eglise rappelle ce que beaucoup pressentent : combien la famille peut être le premier lieu où les hommes, les femmes et les enfants apprennent à vivre dans l'amour et la confiance, deux éléments essentiels de la vie humaine et de la croissance.

La famille, chemin de vie

 

 

Etre aimé tel qu'on est, voilà ce que l'on peut attendre de la famille, même si cet objectif n'est pas si simple à réaliser, y compris dans des familles unies. Cette visée est pourtant essentielle pour grandir et donner du fruit, s'épanouir et devenir responsable dans la société ! La famille peut permettre à chacun de découvrir qu'il a une place dans une histoire, dans une généalogie et qu'en même temps il est unique. Oui la famille est la cellule de base de l'humanité. Elle est chemin de vie.

Dans ses fragilités, elle mérite d'être soutenue, aussi bien par l'Eglise que par la société tout entière. Les lois de bioéthique comme celles relatives au mariage ou autres formes d'union la touchent directement. Sachant que le mariage et la famille constituent l'un des biens les plus précieux de l'humanité, l'Eglise veut faire entendre sa voix et offrir son aide à ceux qui, connaissant déjà la valeur du mariage et de la famille, cherchent à la vivre fidèlement, et à ceux qui, plongés dans l'incertitude et l'anxiété, sont à la recherche d'une vraie famille, souvent plus large que celle du sang.

Père Thierry Magnin*

Miettes spirituelles

1. Mère Teresa (1910-1997) : « Nous formions une famille heureuse et très unie. Cette union s'est encore resserrée à la mort de mon père. Nous vivions les uns pour les autres, et chacun ne songeait qu'à faire plaisir aux autres. Beaucoup de pauvres de Skopje et des environs connaissaient notre porte. Jamais personne ne la repassait les mains vides. Chaque jour, nous avions quelqu'un à table pour le repas. Les premières fois, je demandais à ma mère : ‘Qui est-ce ?' Elle me répondait: ‘Certains sont des parents, les autres sont de toute façon nos amis' ». (Simples questions sur la vie, Satisfecit, 2005).
2. « À bien y penser, je n'aimerais être qu'une chose, un cadeau inestimable pour vous deux. Ne m'achetez rien, permettez-moi seulement de sentir que je suis votre enfant » (Extrait du livre Au rythme de la vie familiale, Institut de la famille, Office de catéchèse du Québec - Fides Mediaspaul, 2004)

3. « Nous aussi, nous sommes pour l'épanouissement de la personne, mais un épanouissement qui soit pleinement responsable, qui respecte la dignité humaine, la défense des faibles et permette l'instauration d'une société de confiance. Comment construire la confiance si la société accepte l'exclusion des plus faibles, depuis la pratique de l'avortement jusqu'à la tentation de l'euthanasie ? » ("Qu'as-tu fait de ton frère?", message du Conseil permanent de la Conférence des Evêques de France, à l'occasion des élections, novembre 2006).

Au coeur de ma vie

Moi aussi, j'appartiens à une famille.
Je peux nommer ceux qui m'ont donné la vie, fait grandir dans l'amour et la confiance. Je peux nommer aussi ceux qui m'ont été confiés et, qu'à mon tour, j'accompagne pour les aider à devenir eux-mêmes. Si je constate que mon expérience familiale est douloureuse, je la remets, sans jugement, au Seigneur pour qu'il vienne guérir ces relations blessées.

 

Pas à pas, à votre rythme

Pour aller au coeur de la foi avec le défi de ce mois-ci nous vous proposons un itinéraire. Prenez le temps d'écouter, de voir, de goûter. Ne vous précipitez pas au pas suivant, attendez quelques jours comme un cadeau à recevoir.

"Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme, mais de sentir et de
goûter les  choses intérieurement" Exercices Spirituels (*).

 

 

1er pas 

1er PAS - Homme et femme

 

« Homme et femme il les créa, à son image il les créa » (Livre de la Genèse).

 

La Bible nous parle de la création de l'humain par Dieu et dit l'union originelle de l'homme et de la femme, créés à son image. L'amour est la vocation fondamentale de tout être humain qui est image de Dieu. Le couple homme-femme est le symbole de cet amour de Dieu, de son alliance avec toute l'humanité (la famille humaine) qui donne à l'amour humain tout son sens.

 

La différence des sexes est essentielle : ni le masculin ni le féminin ne récapitulent tout l'humain. L'épanouissement humain repose sur le don de soi à l'autre différent. L'altérité que les sexes représentent est nécessaire pour « donner vie » dans tous les sens du terme. Elle est une richesse et constitue un défi à relever dans la construction du couple et de la société, indispensable pour un vrai bonheur de vivre.

 


2ème pas

2ème PAS - « Ils deviendront une seule chair »




« L'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair» (Genèse 2, 24 ; Matthieu 19,5)


Au cœur de la famille, il y a l'amour du couple. Avec la différence des sexes, le mariage constitue un deuxième pilier de la famille. L'Alliance de Dieu avec l'humanité trouve une expression significative dans l'alliance nuptiale entre l'époux et l'épouse. En ce sens le mariage est le symbole de l'amour conjugal de Dieu pour l'humanité tout entière. L'Eglise en a fait un sacrement, chemin de vie et de sainteté.


Dans cette perspective, le mariage n'est pas un « égoïsme à deux » : l'union de l'homme et de la femme s'ouvre au don de la vie, notamment à travers la sexualité et la procréation. La sexualité signifie l'unité profonde de chair et d'esprit entre l'homme et la femme, dans le respect des différences et de l'unicité de chacun. Tout être humain est corps, cœur et esprit, le cœur étant le lieu de l'unité de la personne. Dans la sexualité c'est l'union de deux personnes dans toutes leurs composantes qui se dit, ce qui la rend très bonne.


 

3ème pas

3ème PAS - La vie en abondance

 

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (Evangile selon Jean 10, 10).

 

Cette phrase de Jésus dans l'Evangile de Saint Jean concerne tout être humain, marié ou pas. Elle signifie combien Jésus Christ, pour les chrétiens, est la vie. La vie, c'est Dieu qui se donne en Jésus Christ. Voilà pourquoi le mariage et le célibat consacré sont deux voies par lesquelles Dieu donne la vie.

Dans le mariage de l'homme et de la femme, les enfants sont au cœur de cette vie que Dieu donne à travers le couple. On sait combien les enfants illuminent la vie familiale et permettent aussi à leur parents de s'épanouir comme « père » et « mère ». L'accueil de la vie comme un don est ici capital. Personne ne s'est donné sa vie à soi-même, on la reçoit toujours. Dans la famille, elle surgit au creux de l'amour de l'époux et de l'épouse. L'enfant est ainsi « don de Dieu ». Toute vie dès sa conception est accueillie comme telle, y compris pour les plus vulnérables et les plus fragiles.

 

On comprend la souffrance des couples stériles et les sciences médicales ont raison de chercher à la vaincre. Mais pas au prix d'une technicité qui nierait l'accueil de la vie comme un don.

 


(*) Exercices Spirituels, 2ème annotation - Saint Ignace de Loyola

 

« Les bergers vinrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans une crèche » (Matthieu 2, 1-12).

La « sainte famille » de Jésus est donnée en exemple par l'Eglise pour dire la grandeur de la famille, lieu de l'amour dont Jésus aussi a eu besoin et qu'il a pu partager, lieu de rayonnement dans un village, dans une cité, dans la société tout entière. Il nous faut considérer la famille non seulement sous l'angle privé, intime et affectif, mais aussi dans ses dimensions intergénérationnelles, sociale et communautaire. Les grands parents, qui jouent souvent un rôle important vis-à-vis de leurs petits enfants, sont là pour rappeler ce caractère intergénérationnel fort et constructeur de la famille. Elle est aussi la cellule de base de la société, comme nous le rappelle le fameux « livret de famille ». Elle est enfin appelée à être un lieu de communion entre les personnes, chemin de vie essentiel car nous sommes faits pour cette communion dans la spécificité de chacun. Au cœur de cette communion, la famille est un lieu privilégié où l'Évangile peut être transmis en étant enraciné sur des valeurs profondément humaines : l'affection, l'entente, le respect, l'écoute, le service, l'amour de l'autre, la solidarité... Elle est un lieu nourricier, où la proposition de la foi chrétienne trouve un « cadre naturel ». La famille est ainsi éducatrice de la dignité, du respect, de la juste conscience morale, d'une première expérience d'Eglise comme le dit le pape Jean Paul II dans l'exhortation apostolique Familiaris consortio, 1981.

"Prions et œuvrons pour que la famille soit l'objet de l'attention de tous et que soit reconnue sa contribution irremplaçable à la société toute entière".

 

 

* Père Thierry Magnin - Docteur ès sciences, professeur d'éthique et de théologie à l'Institut catholique de Toulouse.

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