Une expérience chrétienne millénaire

« De Jésus homme au Verbe fait chair »

Aujourd'hui, que Jésus soit un homme ne pose pas trop de problème à notre mentalité, mais que cet homme puisse être DIEU... voilà qui est difficile non seulement à croire mais à penser. Cependant pour les chrétiens Jésus-Christ, le Galiléen, est « vrai homme » et « vrai Dieu ». Il est « Dieu avec nous », « le Verbe fait chair », DIEU venu dans notre histoire humaine.

C'est une affirmation énorme ! Souvent on l'oublie et cela semble aller de soi, mais pour certains c'est comme affirmer « un cercle carré ». Est-il « pensable » rationnellement de dire qu'un homme est vraiment DIEU sans retomber dans une mythologie ? Penser qu'en cet homme Celui qui est à l'origine de la vie et de l'univers ait pu prendre chair ? C'est pourtant ce que nous affirmons comme chrétiens, dans la foi, à partir de l'expérience de la Résurrection de Jésus-Christ, et ce que nous cherchons à expliquer. C'est ce que l'Eglise fait depuis deux millénaires, à travers de nombreux conciles, cherchant à rendre compte de la divinité et de l'humanité du Christ. Des les premiers siècles, les Conciles de Nicée, Ephèse, Chalcédoine, ont cherché à comprendre comment Jésus, le Nazaréen, pouvait être « vrai Dieu et vrai homme ».

En quoi cette affirmation de la foi nous concerne-t-elle dans notre vie quotidienne ?

 

Miettes spirituelles

1. Irénée de Lyon (135-202) : « Le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre Seigneur, (...) à cause de son surabondant amour, s'est fait cela même que nous sommes afin de faire de nous cela même qu'il est. » (Contre les Hérésies, préface du livre 5)
2. Saint Augustin (354-430) : « Il reposait dans une étable, et il gouvernait le monde, enfant sans parole, il était la parole même ; les cieux ne sauraient le contenir et une femme le portait sur son sein » (Sermon CLXXXIV - Pour le jour de Noël)

3. Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) : « Répétons-le : en vertu de la Création, et plus encore, de l'incarnation, rien n'est profane ici-bas à qui sait voir » (Le Milieu Divin, p.47)


Au coeur de ma vie

Je peux me rendre attentif à ma manière d'écouter, de regarder, de toucher. Comment j'entre en relation avec les autres ? Est-ce que je vois leur visage, leurs gestes ? Est-ce que j'entends leur voix ? Est-ce que je sens leur présence ? Me rendre attentif aux autres par tous mes sens. « Celui qui est à la source de la vie » vient me rejoindre au cœur de la relation.

Frédéric, jésuite

Pas à pas, à votre rythme

Pour aller au coeur de la foi avec le défi de ce mois-ci nous vous proposons un itinéraire. Prenez le temps d'écouter, de voir, de goûter. Ne vous précipitez pas au pas suivant, attendez quelques jours comme un cadeau à recevoir.

"Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme, mais de sentir et de
goûter les  choses intérieurement" Exercices Spirituels (*).

 

 

1er pas 

1er PAS - Jésus le Nazaréen

 

Les évangiles (selon Matthieu, Luc et Marc) ne parlent pas d'une personne divine descendant du ciel, ils nous parlent de la naissance d'un homme, Iéshoua' ben Iosseph, de Nazareth, né aux confins de l'Empire romain, en Palestine, durant le règne d'Auguste, autour de l'an 6 av. notre ère. Ils nous disent que ce Galiléen, sous le règne de Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de Galilée, annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, de la proximité de Dieu, par ses paroles et ses actes de puissance. Ils nous disent aussi qu'un jour, alors qu'il s'était rendu, avec ses disciples, à Jérusalem il fut arrêté, mis en croix, et exécuté (probablement le 7 avril 30). Ils disent enfin, que cet homme le troisième jour est ressuscité d'entre les morts.

Voilà l'événement fondateur de la foi chrétienne. Cet homme est ressuscité !

Ses disciples, qui ont vécu avec lui, qui ont écouté sa parole et contemplé sa manière d'agir, ont été témoins depuis les commencements de sa proximité radicale avec DIEU, qu'il appelait son Père. Leur foi en lui s'est trouvée remise en cause le jour de sa mort sur la croix.

Mais Jésus est ressuscité et s'est manifesté à eux (Voir Résurrection).

Devant cet événement inouï ils le proclament Seigneur, Christ et Fils de Dieu, siégeant à la droite du Père. Ils le reconnaissent « Fils de Dieu » non pas parce que c'était un homme qui avait atteint un haut degré d'évolution, mais parce que sa résurrection révélait que cet homme venait de DIEU, qu'il trouvait son origine en DIEU même.

      

 


2ème pas

2ème PAS - Jésus le Ressuscité




Ce Jésus proclamé « Fils de Dieu » et DIEU, qui était-il avant sa venue parmi nous ? Voilà la question que vont se poser les disciples à la lumière de la résurrection.

Ils vont ainsi remonter jusqu'à sa naissance, et même plus loin, jusqu'à son origine en DIEU même. Le nom de « Fils » est un nom d'origine. C'est que DIEU, Celui qui est à la source de la vie et de l'univers, nous a envoyé son propre Fils. Tel est le témoignage attesté très tôt par saint Paul (Lettre aux Galates, chap. 4, v. 4 ; Lettre aux Romains, chap.1, v. 1-4 ; Lettre aux Philippiens, chap.2, v. 5-11).

L'Evangile selon saint Jean ira jusqu'au bout de cette affirmation : « Et le Verbe s'est fait chair » (chap. 1, v. 14).



« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie (...) ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous » - Première lettre de saint Jean, chap. 1, v.1-3

 

3ème pas

3ème PAS - Jésus « vrai homme et vrai Dieu »

 

Le mystère de l'incarnation marque tellement les chrétiens que ce qui apparaît souvent comme le tout premier événement c'est la descente du « Fils de Dieu » sur terre pour devenir homme, donc un événement intemporel. Du coup quand on lit les évangiles que voit-on ?

On voit le « Fils de Dieu » marcher sur la terre au lieu de voir d'abord un homme dont on sait qu'il est DIEU. Ainsi, quand on pense à Jésus, on croit qu'il sait tout, qu'il voit tout, qu'il peut tout... du coup suivre son chemin nous semble impossible, à nous humains, et on dit « pour Lui c'était plus facile, il était ‘Fils de Dieu' ».

 

Pourtant ce n'est pas ce que nous disent les Evangiles ni l'Eglise. Le « mystère de l'Incarnation » nous dit que Jésus-Christ est « vrai homme » et « vrai Dieu ».

Ceci est essentiel, car sinon sa manière d'être homme ne pourrait être en aucun cas un chemin pour nous. Les Pères de l'Eglise nous disent : « Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu », pour que l'homme soit divinisé, transformé, afin qu'il traverse la mort et ressuscite à la vie nouvelle. Si Jésus-Christ n'est pas « vrai homme » notre foi n'a pas de sens.

 

 

 


(*) Exercices Spirituels, 2ème annotation - Saint Ignace de Loyola

 

En quoi cet événement nous concerne-t-il ?

Si Jésus-Christ est « vrai homme » cela signifie que son chemin est accessible par chacun de nous. Si Jésus-Christ est « vrai Dieu », ce dont témoigne l'événement cosmique de la Résurrection, cela signifie qu'il nous révèle le principe même de tout « devenir humain ».

1. Le mystère de l'incarnation nous dit qu'il n'y a de vie spirituelle qu' « incarnée », dans des gestes concrets. Nous ne sommes pas dans le modèle helléniste qui nous invite au dépassement et au détachement du sensible, du corps, de notre sexualité, pour entrer en communion avec Dieu. C'est un « vivre incarné » qui témoigne en paroles et en actes de l'Amour et de la Vérité, et nous fait devenir comme Lui.

2. Jésus-Christ nous révèle que devenir humain passe par ce « chemin d'incarnation ». En assumant, en réalisant pleinement notre « vivre incarné », le fait d'être chair, avec notre vulnérabilité et notre capacité d'être affectés ; en allant jusqu'au bout de l'Amour, nous sommes mis dans une proximité inouïe avec DIEU qui a pris chair dans notre humanité.

3. Le mystère de l'incarnation et de la résurrection sont intimement liés dans nos vies. Plus nous devenons humains à la manière de Jésus-Christ, le « Fils de Dieu », plus nous nous laissons diviniser.

 

Lettre aux Galates, chap. 4, v. 4-5

Mais, quand est venu l'accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme et assujetti à loi, pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu'il nous soit donné d'être des fils adoptifs.

© TOB

Lettre aux Romains, chap.1, v. 1-4

Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l'Evangile de Dieu. Cet Evangile, qu'il avait déjà promis par ses prophètes dans les Ecritures saintes, concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, établi, selon l'Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa Résurrection d'entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur.

© TOB

Lettre aux Philippiens, chap.2, v. 5-11

Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus-Christ :

lui qui est de condition divine
n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu.
Mais il s'est dépouillé,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes,
et, reconnu à son aspect comme un homme,
il s'est abaissé,
devenant obéissant jusqu'à la mort,
à la mort sur une croix.
C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé
et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse,
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
et que toute langue confesse que le Seigneur, c'est Jésus Christ,
à la gloire de Dieu le Père.

© TOB

 

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