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| Une expérience chrétienne millénaire | |||||||||
Regards asiatiques sur le ChristAu long des siècles de présence chrétienne, certes minoritaire, dans les pays d'Asie, on a pu noter un souci constant et croissant, de la part d'un grand nombre de pasteurs ou de théologiens, d'offrir une réflexion sur le Christ qui soit enracinée dans le contexte de leur propre continent. C'est ainsi que l'Asie témoigne désormais d'une contribution profonde et originale à la confession du Christ Jésus. Dans une attitude d'accueil et de respect
Elle le fait dans une attitude d'accueil et de respect vis-à-vis de sa culture et des courants religieux dominants : le dialogue avec le bouddhisme, le confucianisme ou le taoïsme, peut susciter chez ces chrétiens une intense réflexion sur l'identité du Dieu de Jésus-Christ, et sur Jésus-Christ lui-même. Miettes spirituellesHenri de LUBAC (1896-1991) : Nulle perspicacité critique ne prévaudra sur la clairvoyance d'un cœur pur. Deux fois heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu et par eux Dieu se fera voir. (De la connaissance de Dieu, V) Thomas MERTON (1915-1968) : Tout comme le « Sermon du Feu » du Bouddha transforme radicalement la conscience qu'a le bouddhiste de tout ce qui l'entoure, la « prédication de la Croix » donne d'une manière extrêmement semblable au chrétien une conscience radicalement nouvelle du sens de sa vie et de son rapport avec les autres hommes, comme avec le monde qui l'entoure. (Zen, Tao et Nirvâna. Esprit et contemplation en extrême Orient, Fayard, 1970, p. 73) Claire LY : Suis-je bouddhiste ? Suis-je chrétienne ? ou les deux ? Suis-je condamnée à vivre une déchirure identitaire ? Mais, paradoxe ! la parole authentique de la bouddhiste permet à la chrétienne d'être de plus en plus disciple du Christ... Croire au Christ, c'est expérimenter dans ma propre chair la force de vie qui m'irrigue et qui m'ouvre à Lui. (Retour au Cambodge. Le chemin de liberté d'une survivante des Kmers rouges, éd. De l'Atelier, Paris, 2007, p. 217-218) Au coeur de ma vieParmi les fruits que nous recevons de notre foi chrétienne, il y a celui de la grâce d'émerveillement ; c'est un fruit de liberté, qui nous donne d'ouvrir nos regards sur la beauté du monde et des cœurs, sur la grandeur de l'esprit humain et sur la création toujours en genèse. Ces prochains jours, en communion avec les chrétiens d'Asie, soyons particulièrement attentifs aux divers contextes asiatiques. Comment nos frères et soeurs en Asie cherchent-ils à témoigner de l'Evangile ? Accueillons la vie qu'il nous sera donné de reconnaître, en la répandant de proche en proche, telles de petites flammes qui, se propageant, finissent par produire un grand feu. Notre foi chrétienne est-elle pour nous le lieu d'un désir sans cesse à entretenir, le lieu d'une vraie communion avec tous les croyants, y compris ceux d'autres religions, le lieu d'une charité sincère et joyeuse ? Les chemins de prière que nous tâchons d'emprunter peuvent-ils se laisser enrichir des trésors spirituels et religieux dont nos cœurs et nos vies ont tant besoin ? Jean-Marie, moine
Pour aller au coeur de la foi avec le défi de ce mois-ci nous vous proposons un itinéraire. Prenez le temps d'écouter, de voir, de goûter. Ne vous précipitez pas au pas suivant, attendez quelques jours comme un cadeau à recevoir. Laissons-nous ici interpeller par trois regards posés sur le Christ. "Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme, mais de sentir et degoûter les choses intérieurement" Exercices Spirituels (*).
1er pas1er regard - LE CHRIST, DANS LE CONTEXTE DE L'INDE CONTEMPORAINE
Dans l'Inde contemporaine, on assiste à l'émergence de courants s'efforçant d'interpréter le message du Christ dans le contexte de la grande pauvreté et de l'injustice. En premier lieu, il y a la « christologie dalit » qui suscite un réel intérêt tout en étant encore en recherche. Les dalit, ce sont les « hors caste », c'est-à-dire 20% de la population indienne que le système des castes enferme dans la catégorie des « intouchables ». Mais on sait que Gandhi les appelait harijans (« enfants de Dieu ») ; le mot dalit est celui que les chrétiens ont quant à eux donné aux hors caste, et signifie : « brisé », « opprimé ». Le théologien A. P. NIRMAL offre une réflexion sur le Christ, fondée sur la vie des dalit eux-mêmes, sur leurs luttes, sur leurs souffrances et leurs espérances :
Nous avons été l'objet de discriminations dans le passé, et nous continuons à être l'objet de discriminations dans le présent. Malgré tout cela, nous avons Jésus-Christ. (...) Jésus, comme Fils de l'homme, avait à rencontrer le rejet, la moquerie, le mépris, la souffrance et la mort - tout cela de la part de la tradition religieuse dominante et de la religion établie. Il subit ces expériences dalit comme prototype de tous les dalit. Sur la croix, il fut l'homme brisé, écrasé, scindé, déchiré, rompu - le dalit au sens le plus complet de ce terme. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » cria-t-il à haute voix depuis la croix. Le Fils de Dieu sent qu'il est abandonné par Dieu. Ce sentiment d'être abandonné par Dieu est au cœur de nos expériences dalit et de notre conscience dalit en Inde. C'est l'être-dalit de la divinité et de l'humanité qui se trouve symbolisé par la croix de Jésus. (1)
2ème pas2ème regard - LE MYSTERE DU CHRIST EN MONDE CHINOIS
Yves RAGUIN, jésuite français ayant vécu à Taïwan pendant plusieurs décennies, propose, à travers plusieurs de ses écrits (2), un regard original et profond sur le mystère du Christ. Mais il commence par dire son estime pour l'expérience humaine de l'intériorité telle qu'elle est vécue par les trois grandes traditions de l'humanisme chinois : bouddhisme, taoïsme, confucianisme. Il tente ensuite d'articuler la christologie sur l'expérience spirituelle dont témoignent ces trois traditions. Le Verbe de Dieu est certes présent au plus intime de la conscience humaine, il éclaire la quête d'intériorité qui habite toute l'histoire de l'humanité. Mais c'est le Fils de l'homme qui comble une telle recherche et qui, seul, nous donne accès au cœur du mystère divin :
Enfin, cet insondable mystère, dont le silence et l'indifférence ont tant troublé les chercheurs de Dieu, a « parlé » par son Verbe, en langage d'homme ; il nous a dit que Dieu, profondeur de mon être et au-delà de cet être, était amour... Par la révélation du Christ, nous savons que la perfection de Dieu, c'est d'être un et trine, et que notre perfection est de participer à cette vie divine. Mais il fallait que quelqu'un vînt de Dieu pour nous le faire savoir. Aucun homme n'avait pu pénétrer à cette profondeur dans le mystère de Dieu. Le Fils est venu, qui nous a dit de Dieu tout ce qu'il pouvait dire. - Y. Raguin, La Profondeur de Dieu, p. 105.
3ème pas3ème regard - UNE THEOLOGIE JAPONAISE : JESUS, « CELUI QUI EST COURONNE D'EPINES »
Malgré son aspect très minoritaire, le christianisme au Japon a produit plus de théologiens que les autres pays asiatiques, à l'exception de l'Inde. La confrontation avec le bouddhisme suscite chez bon nombre de chrétiens une intense réflexion sur l'identité même de Jésus-Christ. Parmi ces réflexions, évoquons le courant s'exprimant par la voix du théologien Teruo KURIBAYASHI (3), qui a analysé la situation d'un groupe de « hors-caste » au Japon : les Barakumim. Ceux-ci, note l'auteur, ont eux-mêmes utilisé le mot « libération » pour qualifier leur mouvement en faveur d'une plus grande justice ; ils ont en outre choisi de prendre la couronne d'épines de Jésus comme symbole de leurs propres souffrances. Dès lors Teruo Kuribayashi développe lui-même une véritable « théologie de la couronne d'épines » : Jésus peut être vraiment désigné comme « celui qui est couronné d'épines ». C'est le nouveau titre que doit lui attribuer, de nos jours, une théologie réellement asiatique. Ce titre christologique exprime le lien entre l'histoire de Jésus et l'expérience actuelle des hors-caste. Il réunit en lui-même deux éléments : d'un côté le symbole des épines rappelle que Jésus souffre avec ces hors-caste et qu'il partage avec eux le drame de leurs souffrances ; de l'autre, le symbole de la couronne rappelle que Jésus est leur Libérateur, non pas au sens où il apporterait une délivrance purement intérieure (selon la tradition des sagesses orientales et des christologies qui s'appuient sur elles), mais au sens où sa « bonne nouvelle » est orientée vers la transformation de ce qui, dans les structures mêmes de la société, porte la marque de l'injustice et de l'oppression. (4)
(*) Exercices Spirituels, 2ème annotation - Saint Ignace de Loyola Prier
Une prière peut nous inviter à rencontrer à notre tour le Maître intérieur : celle de Claire LY, qui après s'être échappée des camps kmers rouges et installée en France, est devenue chrétienne. En ce lieu où j'ai appris sur les genoux de mon père à réciter les mantras, à chanter les stances en hommage à Sâkyamuni, je Te demande, Père, d'aider tous les disciples de Ton Fils à être des témoins authentiques de Ton Amour... Donne-leur, Père, la grâce d'être ces « pauvres de cœur » qui ne piétinent pas la tradition d'un peuple. Fais d'eux, Père, des compagnons de route de tout homme, même s'il est disciple d'une autre maître ou s'il confesse d'autres convictions... Comme le sel qui relève le goût de chaque aliment sans changer sa nature profonde, accorde-leur la grâce d'être de simples marcheurs avec d'autres marcheurs ; mais à la lumière de Jésus-Christ, qu'ils soient des marcheurs qui aident les autres à garder le cap, à être de plus en plus vrais avec eux-mêmes. (5)
REGARDS ASIATIQUES SUR L'ASIE - P. Michel Fédou évoque à la fois les courants christologiques qui sont nés de la confrontation avec les grandes religions d'Asie et les écrits qui entendent répondre répondre aux défis de la grande pauvreté ou de l'injustice sociale dans ce continent. Notes : (1) Cité par Michel FEDOU, dans Regards asiatiques sur le Christ, coll. « Jésus et Jésus-Christ », n° 77, Desclée, Paris, 1998, p. 88-89.
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