VIETNAM
UNE FOI QUI TRAVERSE LES SIECLES ET S'AFFIRME AUJOURD'HUI. Ouvrir son pays au Christ, quand on a connu des années d'interdiction de pratiquer, la fermeture des séminaires, telle est la ferme détermination des prêtres du Vietnam aujourd'hui. L'un d'entre eux, le Père Joseph a accepté de témoigner du défi relevé dans son diocèse.
Une foi qui traverse les siècles et s'affirme aujourd'hui : témoignage d'un prêtre au Vietnam
Le Vietnam connaît ses premiers missionnaires au XVI°siècle et le développement du christianisme est rapide, mais coupé de violentes persécutions jusqu'au XIX°. Après les années récentes de totale interdiction (1975-1985), le christianisme est à nouveau autorisé. L'Eglise qui est au Vietnam, aujourd'hui, témoigne par la voix d'un de ses prêtres, du rôle qu'elle joue dans ce pays.
Rencontre avec le Père Joseph*, Vietnam.
Prêtre d'un diocèse de montagnes et de hauts plateaux qui s'étend sur un territoire de 300 km sur 200 km, le père Joseph répond à l'attente de 350 000 fidèles ! Parmi eux, 50 000 sont de minorités ethniques qui parlent toutes des langues différentes. « Mon diocèse est donc missionnaire : tous les séminaristes doivent y apprendre au moins une autre langue ! », remarque-t-il.
« Pendant 10 ans le catéchisme était interdit, c'est dans la famille que ma foi a été nourrie »
Son histoire personnelle est à l'image de celle du pays : « A partir de 1950, les séminaires sont devenus clandestins dans le nord du pays. Ma famille a émigré en 1954 du Nord vers Sud, pour éviter le communisme. En tout 1 million de catholiques sont partis. Après la guerre, (c'est-à-dire après 1975)et pendant 10 ans le catéchisme était interdit. C'est dans la famille que ma foi a été nourrie. Le curé nous initiait en secret ; tous les enfants de la paroisse étaient là.
Ensuite, la difficulté de devenir prêtre était grande à cause du régime communiste : le nombre d'entrées au séminaire était limité à 10 tous les 2 ans. Si bien que j'ai dû attendre 9 ans pour pouvoir enfin y entrer. Il fallait obtenir une autorisation des autorités, j'ai été convoqué et interviewé par la police, et j'ai présenté ma biographie en faisant beaucoup de promesses : celle notamment de collaborer (est-ce le terme ?) au service de l'Etat, de ne pas aller contre eux. J'ai été ordonné en 1998. »
L'église choisit les pauvres
La place de l'Eglise ? « C'est simple, répond le père : beaucoup de pauvreté donc beaucoup de charité ». Donc, rendre visite, apporter de l'aide, de la nourriture, enseigner gratuitement aux plus pauvres (l'école est payante). L'Eglise, c'est l'Eglise des pauvres, le gouvernement ne s'intéresse pas aux pauvres ; tant qu'ils sont pauvres, on ne prête pas attention à ce qu'ils font.
Les pauvres, tant qu'ils sont pauvres, personne ne s'intéresse à eux
Il est plus facile pour les religieuses que pour les prêtres d'aller dans les lieux interdits. Leur efficacité est grande : elles vont à la rencontre des familles pauvres, elles rendent visite aux malades, elles donnent à manger aux plus miséreux.
L'Eglise et la foi, une force vive
« La foi se vit dans la famille, au quotidien. La prière du soir en famille se pratique toujours, avant ou après le repas, devant l'autel qui existe dans toutes les maisons, souvent sur le mur. Chaque famille catholique qui bâtit une maison prévoit cet endroit. Certains même placent une statue de Marie devant la maison, les autorités demandent de la détruire, mais les fidèles résistent ! Je suis choqué qu'en France on ne tolère pas les signes religieux extérieurs, car pour moi la France est un pays de liberté. Vous n'êtes pas en régime communiste ! ça parait vraiment contradictoire ! »
« Les jeunes nous occupent beaucoup »
« Les religieuses et religieux sont très actifs dans l'aide aux étudiants. Ils rassemblent les jeunes dans leurs communautés ou leur presbytère pour méditer sur la Parole, pour les former ; ces lieux nourrissent et peuvent éveiller des vocations, cela a été mon cas. Tous les enfants et les jeunes de 5 à 18 ans suivent 1 heure de catéchèse chaque dimanche ; cela représente 1500 enfants et jeunes dans ma paroisse. »
La paroisse, un lieu actif de vie communautaire
« Dans nos paroisses, il y a beaucoup de groupes de fidèles. Je trouve qu'il est important qu'ils se réunissent dans les maisons, par exemple en période de Carême, pour méditer la Parole, ou sur un mystère, pour chanter ; ces petites réunions se font sans les prêtres.
Chaque dimanche il y a 4 messes, l'église est toujours pleine, 100% des fidèles sont pratiquants. Quand j'étais adjoint du curé, je passais mon temps à préparer des homélies ! Chaque année, il y a 2000 à 3000 nouveaux catéchumènes dans le diocèse (en France 9000 catéchumènes et chaque année, 2000 à 3000 baptêmes d'adultes). »
La modernisation, un défi pour l'Eglise du Vietnam
« Depuis quelques années, la culture des étrangers, leurs modes de vie entrent chez nous ; de plus en plus de problèmes sociaux apparaissent : la drogue, des questions liées à la sexualité ; les divorces sont en nette progression ; beaucoup de jeunes vont en ville pour le travail et il est difficile de les aider à demeurer dans la foi, il y a beaucoup de tentations. L'hyperconsommation apparaît dans tous les sens. Il est de plus en plus difficile de réunir les jeunes (18 - 30 ans); pour les attirer, il faut proposer des activités dynamiques et trouver des personnes capables d'animer. »
* Le nom a été changé
Partager
|