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74 ans
 
Colombie
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SANS CHANGEMENT DE NOTRE PART, LA CRISE HUMANITAIRE CONTINUERA - Pour la remise de leur diplôme, les étudiants de l'Université de Bogota ont pu entendre des paroles fortes, des mots qui leur disent la réalité difficile de leur pays déchiré et leur donnent en même temps élan et espérance. Un appel qui s'adresse à chacun, quel que soit son continent. 

 


Sans changement de notre part, la crise humanitaire continuera

Paroles du Père Francisco de Roux, jésuite, à la cérémonie de remise de diplômes aux étudiants de l'Université des Andes. Bogota, 21 mars 2009 - POUR LIRE LE TEXTE EN ENTIER - p.105.


Extraits :


Vous quittez l'université pour vous lancer dans un pays extraordinaire.Toutes ces merveilles ne peuvent cacher que vous allez aussi faire face à un immense défi : la mafia s'est infiltrée dans l'Etat et dans les institutions. Aujourd'hui comme il y a 25 ans , nous continuons à être le premier producteur mondial de cocaïne. Avec le Soudan et le Congo, nous formons le trio des trois nations connaissant le plus grand nombre de déplacés internes. Les zones de non-droit s'étendent sur 5 millions d'hectares (NDR : 5 fois le massif landais), plus de 2000 personnes demeurent séquestrées, et nous sommes le territoire de la planète avec la plus grande densité de mines antipersonnellles. Convaincus que ce problème n'est pas nôtre, que tout a été causé par un ennemi pervers et minoritaire, nous sommes persuadés que tout s'arrangera quand la guerre d'état mettra fin au terrorisme.


Certes, la crise humanitaire colombienne est le résultat entre autres, de la demande internationale de cocaïne, de l'industrie et du trafic des armes, de la folie de l'argent spéculatif des bourses de valeurs et des banques, du réchauffement mondial causé par la cupidité humaine. Mais il nous faut être honnêtes : s'il n'y a pas de notre part un changement, la crise humanitaire continuera. Parce que le problème, nous le portons en nous. Il s'agit d'un problème éthique.



« En vous parlant d'éthique, je vais vous parler de vous-mêmes »

 



 

En vous parlant d'éthique, je ne vais pas vous parler de principes moraux ni de commandements religieux. Je vais vous parler de vous-mêmes, de notre dignité. La dignité humaine est la conscience qui se manifeste en nous quand nous affirmons l'immense valeur de ce qui ne peut être négocié, que nous possédons comme personnes ; nous assumons l'immense responsabilité de ne pas trahir cette valeur.


« Tous les êtres humains ont une égale dignité », c'est sur ce jugement qu'ont été construits tous les engagements des droits de l'homme. C'est là que réside la grandeur de chacun de nous, celle qui, dans la tradition juive et dans les grandes traditions religieuses des peuples, affirme que chaque femme et chaque homme est image de Dieu.




C'est à cause de cette valeur absolue de chacun, de chacune, que le christianisme met Dieu au service de la grandeur humaine : "Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir", a dit Jésus. Selon la théologie catholique la plus sérieuse, ce n'est pas nous qui sommes dignes parce que Jésus nous a sauvés, c'est le contraire : Jésus s'est livré jusqu'à la mort pour que nous comprenions ce que nous valons et que nous retrouvions la conscience et la responsabilité de notre propre dignité perdue.

 

« La dignité humaine ne peut être blessée dans n'importe lequel d'entre vous,
sans porter atteinte à tous les autres »


 

 

 

 

La dignité humaine ne peut ni augmenter, ni diminuer. Votre dignité n'est pas plus grande parce que vous êtes docteurs. Jamais vous ne pourrez avoir davantage de dignité que celle d'un pêcheur du Magdalena (fleuve de la Colombie), d'un déplacé de Soacha, d'une indigène de Tacueya, ou d'une personne de couleur analphabète du Pacifique. La dignité ne peut non plus diminuer. Ni le sida, ni une faillite économique, ni les erreurs que l'on peut commettre un jour, ne peuvent détruire la grandeur des êtres humains. Le diplôme que vous recevez ne vous donne pas plus de dignité qu'aux autres, ce diplôme vous accrédite comme personnes capables de servir. Faites-le! 

 

La dignité humaine, présente en chacun de vous, ne dépend de personne ni de rien. Vous ne l'avez reçue ni de l'État, ni du gouvernement, ni de la société, ni de la religion, et ce n'est pas l'Université qui vous la confère. Cette dignité était déjà en vous dès le moment où vous êtes apparus en tant qu'êtres humains. Elle ne peut être blessée, endommagée dans n'importe lequel d'entre vous, sans porter atteinte à tous les autres.

 

 « Je veux vous inviter à revenir aux régions de Colombie d'où vous provenez. »

 

 

 

 

Je veux vous inviter à revenir aux régions de la Colombie d'où vous provenez et à prendre votre place dans ce monde globalisé avec toute la force culturelle de vos régions qui a marqué la façon dont vos ancêtres ont vécu la dignité.

 

Nous, les aînés, nous avons confiance en vous, afin que vous et que tous, hommes et femmes de Colombie, puissiez vivre avec dignité.
Merci beaucoup! »

 

Francisco de Roux, jésuite

Original espagnol Traduit par Françoise Pernot
Promotio Justitiae 103 - 2009/3

 

 

 

Saint Pierre Claver, jésuite (1580-1654).
Jusqu'à sa mort, il exerça son apostolat parmi les Noirs réduits en esclavage dans la mission de Colombie.

 

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