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Espérance de vie :

46 ans
 
République démocratique du Congo
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« J'AI CRU A L'AMOUR » L'appel pour devenir prêtre de l'Eglise catholique est unique et universel, sans lien avec un continent. Mais la mission se vit selon la culture et le pays de celui qui répond à cette vocation. Le témoignage de l'Abbé Jean Baptiste, prêtre du Congo Kinshasa depuis 8 ans, dans cette région de conflit et de violence de Bukavu, est ainsi une occasion, pour chacun, de nous étonner, nous enrichir, nous questionner.



« J'ai cru à l'amour » :
prêtre dans la République Démocratique du Congo

Né de parents chrétiens, Vicent et Consolate, je suis comme homme, le résultat de l'amour créateur et sauveur de Dieu. D'où ma reconnaissance pour des parents, de condition modeste, qui m'ont fait grandir par le dynamisme de leur amour. Dieu nous veut grands parce qu'il nous aime. Aimer et être aimé fait grandir.

 

« Dieu se cache même en l'homme
aux allures malheureuses. »

Dès la tendre enfance, Vicent, mon père, nous fit « gober » ces paroles de Saint Jacques devenues son leitmotiv « La religion pure et sans tache devant Dieu (...) : visiter les orphelins et les veuves dans leurs épreuves, ... » (Lettre de saint Jacques, chap 1, v 27). Je fus amené à y croire parce qu'eux mêmes aimaient accueillir les pauvres chez nous et nous poussaient à leur rendre service. Doucement, je découvris qu'en l'homme, même aux allures malheureuses, Dieu se cache.

Ma rencontre au Petit Séminaire de Mugeri avec le Père Roger Devloo, missionnaire d'Afrique, un géant de la charité, homme de Dieu pour les malades, me confirma le slogan de papa : Jésus, c'est chaque homme, chaque pauvre sur ma route. En lui je sers et je vois Dieu.

 

« Alités à l'hôpital, Dieu nous visitait
et nous réconfortait par nos frères et sœurs et par les sacrements. »

 

 

Ordonné prêtre en 2003, mon Curé me chargea des malades. Je compris alors que Dieu m'appelait à l'annoncer aux vulnérables. J'ai palpé sa main rassurante le 06 décembre 2003, lorsqu'il me fit sortir miraculeusement d'un accident d'auto qui me brisa les côtes et le bras droit et m'immobilisa pendant presque ma première année de sacerdoce et arracha les dents de mon confrère. Alités à l'hôpital, Dieu nous visitait et nous réconfortait par nos frères et sœurs et par les sacrements. On dirait qu'en chaque homme qui nous visitait, Dieu nous disait : « Et vous, une fois guéris, faites de même pour vos frères » ou encore « Quand vous serez revenus, affermissez vos frères ».

 

 

 

 

Pastorale de la santé, présence auprès des veuves



Ailleurs, plus tard, je me vis encore confier cette pastorale. Depuis 2008, je suis aussi accompagnateur spirituel d'un groupe de veuves chrétiennes, Fraternité Notre Dame de la Résurrection (FNDR). Par mon humble ministère auprès d'elles, Dieu leur fait découvrir dans le Christ l'Epoux mystique de leurs âmes, qui déverse sur elles la plénitude de la tendresse de Dieu, un amour plus fort que la mort.

« Le pauvre blessé de la route de Jéricho :
sa souffrance me diminue et sa guérison me grandit »

 

Qu'il s'agisse des uns ou des autres, j'essaie de voir dans chacun, souffrant, comme dans les milliers d'hommes et de femmes frappant à la porte de l' Eglise pour obtenir le Pain de la justice sociale, le pauvre blessé de la route de Jéricho dont la souffrance me diminue et la guérison me grandit. En fait, leurs plaies et leurs gémissements sont ceux du Divin Crucifié et leur éventuelle guérison, c'est la résurrection du Christ. Pour eux, pour leurs orphelins, pour les personnes handicapées, pour les personnes âgées et autres "blessés de la vie" dans une partie du pays où se vivent encore les conséquences de plus de 15ans de guerre, nous menons un plaidoyer afin d'éveiller la compassion des gens et faire agir leur générosité.

 

Mon Evêque m'écrivait en me sommant « d'user de l'esprit d'initiative afin d'entrainer les communautés et les personnes à témoigner de la présence agissante du Christ aux côtés de ceux qui souffrent et qui comptent sur le secours de l'Eglise »

 

Une catéchèse de l'espérance

 

 

En réponse à l'appel de mon Evêque, des groupes d'apostolat de consolation et de réconfort sont sensibilisés, des messages sont publiés sur le sens chrétien de la souffrance, de la maladie et de la mort. Une initiative dénommée "ACTION MAINS SECOURABLES" en appelle aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté pour qu'ils aident, par leur argent, à soigner des vulnérables par l'accès à la Mutuelle de Santé ; plus de 3000 indigents bénéficient aujourd'hui de cette action. Des prières d'intercession par Marie sont organisées ainsi qu'une catéchèse d'espérance, parce que Dieu peut donner du pain aux affamés, de même qu'au désert il fait jaillir de l'eau pour son peuple accablé.

 

« Dieu nous veut en équipe, loin du tribalisme et du népotisme. »

 

 


 

Mais je ne suis pas prêtre seul et seul je ne saurais marquer de point en pastorale. Dieu nous veut en équipe. La réussite pastorale ne peut jamais être celle de l'individu isolé : la communion fraternelle entre prêtres, la prière et la méditation de la parole de Dieu, une vie sacramentelle soignée, sont le secret d'un tel rayonnement pastoral.

 

C'est aussi par eux que le cœur de l'homme se greffe à celui de Dieu, se disposant ainsi au service gratuit à la vie magnanime et à l'altruisme qui fait voir en chaque homme un frère à aimer et à servir. Cet apostolat exige un esprit ferme et un cœur tendre dans une vie austère où l'on détache de ses yeux la cataracte du tribalisme et du népotisme en vue de s'approcher de chacun sans distinction.

En effet quand on n'agit que pour Dieu, on n'a pas peur des ingrats. La joie, d'un tel ministère, c'est lorsque le Maître nous dira "Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître".

 

 

L'amour de Dieu manifesté en Jésus offre le pardon et la réconciliation dont tout Prêtre est Ministre et témoin. Conférer les sacrements m'apporte une telle paix que c'est un bonheur d'être au service de Dieu de la sorte. Au soir de cette vie, « nous serons jugés sur l'amour » (St Jean de la croix), et St François de Sales de dire "Tout par amour et rien par la force"

 

A la louange du Christ!

 

Abbé Jean Baptiste KABAZANE

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